
portrait robot
" Le fauve dont les pattes sont des nombres
Dont les reins ont la courbe du meurtre effrayant
et dont les yeux sont l'obsession des pouvoirs sombres
traîne sur ce désert d'épaisseur sans secours
où tout s'est abattu dans la poussière "..
(à propos de l'Antéchrist)
(extrait d'un poème allégorique de P. J. Jouve)
" Dieu est mort " signé : Nietzsche
" Nietzsche est mort " signé : Dieu
(graffiti vu sur un mur du quartier latin au moment des événements de Mai 68)
Quelque temps avant sa mort, après avoir tant écrit contre DIEU de manière souvent blasphématoire, il écrivit:
"Le monde, une porte qui s'ouvre sur mille déserts où il n'y a que silence et froid. Celui qui a perdu ce que, moi, j'ai perdu ne s'arrête nulle part. Maintenant je suis là, blême, maudit dans l'errance de l'hiver, pareil à la fumée qui, sans cesse, cherche des cieux plus froids. Malheur à celui qui n'a pas de patrie "
Fiche signalétique : L'ANTECHRIST: le personnage - L'ANTICHRIST: l'esprit
Titres divers attribués dans l'Ancien Testament:
Titres divers attribués dans le Nouveau Testament:
Documents:
Portrait d'un tyran: Saddam Hussein (mise à jour 11 Octobre 2002).
Psychanalyse d'un dictateur, portrait psychologique de Saddam Hussein (mise à jour 9 Avril 2003).
Fiche signalétique
L'ANTECHRIST : le personnage
L'ANTICHRIST : l'esprit
Manassé, un exemple historique :
En l'an [- 666], Le roi Manassé régnait sur Juda (pendant 660 mois). 3 x 6 versets lui sont consacrés au chapitre 21 du 2e Livre des Rois. Il est un Antéchrist avec ses abominations et l'exposition de son image taillée d'Astarté dans le temple :
" [...] Manassé avait douze ans lorsqu'il devint roi, et il régna cinquante-cinq ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Hephtsiba. Il fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, selon les abominations des nations que l'Éternel avait chassées devant les enfants d'Israël. Il rebâtit les hauts lieux qu'Ezéchias, son père, avait détruits, il éleva des autels à Baal, il fit une idole d'Astarté, comme avait fait Achab, roi d'Israël, et il se prosterna devant toute l'armée des cieux et la servit. Il bâtit des autels dans la maison de l'Éternel, quoique l'Éternel eût dit : C'est dans Jérusalem que je placerai mon nom. Il bâtit des autels à toute l'armée des cieux dans les deux parvis de la maison de l'Éternel Il fit passer son fils par le feu ; il observait les nuages et les serpents pour en tirer des pronostics, et il établit des gens qui évoquaient les esprits et qui prédisaient l'avenir. Il fit de plus en plus ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, afin de l'irriter. Il mit l'idole d'Astarté, qu'il avait faite, dans la maison de laquelle l'Éternel avait dit à David et à Salomon, son fils : C'est dans cette maison, et c'est dans Jérusalem, que j'ai choisie parmi toutes les tribus d'Israël, que je veux à toujours placer mon nom. Je ne ferai plus errer le pied d'Israël hors du pays que j'ai donné à ses pères, pourvu seulement qu'ils aient soin de mettre en pratique tout ce que je leur ai commandé et toute la loi que leur a prescrite mon serviteur Moïse. Mais ils n'obéirent point ; et Manassé fut cause qu'ils s'égarèrent et firent le mal plus que les nations que l'Éternel avait détruites devant les enfants d'Israël. Alors l'Éternel parla en ces termes par ses serviteurs les prophètes : Parce que Manassé, roi de Juda, a commis ces abominations, parce qu'il a fait pis que tout ce qu'avaient fait avant lui les Amoréens, et parce qu'il a aussi fait pécher Juda par ses idoles, voici ce que dit l'Éternel, le Dieu d'Israël : Je vais faire venir sur Jérusalem et sur Juda des malheurs qui étourdiront les oreilles de quiconque en entendra parler. J'étendrai sur Jérusalem le cordeau de Samarie et le niveau de la maison d'Achab ; et je nettoierai Jérusalem comme un plat qu'on nettoie, et qu'on renverse sens dessus dessous après l'avoir nettoyé. J'abandonnerai le reste de mon héritage, et je les livrerai entre les mains de leurs ennemis ; et ils deviendront le butin et la proie de tous leurs ennemis, parce qu'ils ont fait ce qui est mal à mes yeux et qu'ils m'ont irrité depuis le jour où leurs pères sont sortis d'Egypte jusqu'à ce jour. Manassé répandit aussi beaucoup de sang innocent, jusqu'à en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre, outre les péchés qu'il commit et qu'il fit commettre à Juda en faisant ce qui est mal aux yeux de l'Éternel Le reste des actions de Manassé, tout ce qu'il a fait, et les péchés auxquels il se livra, cela n'est-il pas écrit dans le livre des Chroniques des rois de Juda ? Manassé se coucha avec ses pères, et il fut enterré dans le jardin de sa maison, dans le jardin d'Uzza. Et Amon, son fils, régna à sa place. (2 Rois/21)
Arnaud Mussy, un exemple d'actualité.
Arnaud Mussy, animateur de la secte Néo-phare, s'est fait connaitre en Septembre 2002.
Extrait des chapitres sur le mystère d'iniquité et Le jour du Seigneur: ...//... A la tête de Néo-phare, Arnaud Mussy, se prend pour le Christ.
" [...] Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. (Jean 1/1-2).
La Parole, c'est à dire le Verbe permet donc d'opérer un raccourci et de comprendre la gravité de cette dérive: la liaison entre l'article "Un" et "Antichrist" ou "un" et "Antéchrist" fait entendre "nanti" ou "nanté" à l'oreille dans notre langue et nanté se prononce comme nantais ou Nantais. Arnaud Mussy est Nantais et un Nantais est un habitant de la ville de Nantes bien sûr... Cette remarque ne s'applique que pour le gourou.
" [...] Petits enfants, c'est la dernière heure, et comme vous avez appris qu'un antéchrist vient, il y a maintenant plusieurs antéchrists: par là nous connaissons que c'est la dernière heure. ((1 Jean 2/18)
Se faisant passer pour un nouveau Christ, il devient par définition un antichrist et un Antechrist.
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Titres divers attribués
dans l'Ancien Testament:
La postérité de Satan
" [...] Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon ". (Ge 3/15)
roi
" [...] Les dix cornes, ce sont dix rois qui s'élèveront de ce royaume. Un autre s'élèvera après eux, il sera différent des premiers, et il abaissera trois rois. Il prononcera des paroles contre le Très-Haut, il opprimera les saints du Très Haut, et il espérera changer les temps et la loi; et les saints seront livrés entre ses mains pendant un temps, des temps, et la moitié d'un temps. (Dan 7/24-25)
roi de Babylone
136 occurrences de ce titre sont mentionnées dans l'ensemble des Ecritures.
" [...] Alors tu prononceras ce chant sur le roi de Babylone, Et tu diras : Eh quoi ! le tyran n'est plus ! L'oppression a cessé ! ". (Esaïe 14/4)
prince de Tyr : (d'où le mot Tyran)
" [...] Fils de l'homme, dis au prince de Tyr : Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : Ton coeur s'est élevé, et tu as dit : Je suis Dieu, Je suis assis sur le siège de Dieu, au sein des mers ! Toi, tu es homme et non Dieu, Et tu prends ta volonté pour la volonté de Dieu ". (Eze 28/2)
la corne
" [...] et sur les dix cornes qu'il avait à la tête, et sur l'autre qui était sortie et devant laquelle trois étaient tombées, sur cette corne qui avait des yeux, une bouche parlant avec arrogance, et une plus grande apparence que les autres. Je vis cette corne faire la guerre aux saints, et l'emporter sur eux, ". (Da 7/20-21)
un roi impudent et artificieux
" [...] A la fin de leur domination, lorsque les pécheurs seront consumés, il s'élèvera un roi impudent et artificieux. Sa puissance s'accroîtra, mais non par sa propre force; il fera d'incroyables ravages, il réussira dans ses entreprises, il détruira les puissants et le peuple des saints ". (Da 8/23-24)
d'un chef qui viendra
" [...] Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n'aura pas de successeur. Le peuple d'un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu'au terme de la guerre ". (Da 9/26)
l'Assyrien
" [...] Cependant, ainsi parle le Seigneur, l'Éternel des armées : O mon peuple, qui habites en Sion, ne crains pas l'Assyrien ! Il te frappe de la verge, Et il lève son bâton sur toi, comme faisaient les Egyptiens ". (Esaïe 10/24)
le dévastateur
" [...] Laisse séjourner chez toi les exilés de Moab, Sois pour eux un refuge contre le dévastateur ! Car l'oppression cessera, la dévastation finira, Celui qui foule le pays disparaîtra ". (Esaïe 16/4)
le pasteur " sans souci "
" [...] Car voici, je susciterai dans le pays un pasteur qui n'aura pas souci des brebis qui périssent; il n'ira pas à la recherche des plus jeunes, il ne guérira pas les blessées, il ne soignera pas les saines; mais il dévorera la chair des plus grasses, et il déchirera jusqu'aux cornes de leurs pieds ". (Zac. 11/16)
Beaucoup d'autres titres clairement énoncés ou plus simplement suggérés pourraient être tirés de l'Ancien Testament :
" [...] Il n'aura égard ni aux dieux de ses pères, ni à la divinité qui fait les délices des femmes; il n'aura égard à aucun dieu, car il se glorifiera au-dessus de tous. Toutefois il honorera le dieu des forteresses sur son piédestal; à ce dieu, que ne connaissaient pas ses pères, il rendra des hommages avec de l'or et de l'argent, avec des pierres précieuses et des objets de prix. C'est avec le dieu étranger qu'il agira contre les lieux fortifiés; et il comblera d'honneurs ceux qui le reconnaîtront, il les fera dominer sur plusieurs, il leur distribuera des terres pour récompense ". (Dan 11/37-39)
Les Ecritures dans ces versets ne signifient pas qu'il est homosexuel bien que Jésus fasse allusion à Sodome pour la fin des temps.
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Titres divers attribués
dans le Nouveau Testament:
Bien évidemment les mots " Antéchrist " ou " antéchrist " n'apparaissent que dans le Nouveau Testament où il est dit que l'esprit de ce notre monde actuel est lui-même antéchrist. D'autre part on peut penser que son identité demeurera secrète jusqu'au temps voulu par DIEU car il viendra en son nom propre, un nom qui peut être " révélé " par le faux prophète qui se fera très certainement passer pour le prophète Elie annonçant la venue du Messie encore attendu par la majorité des juifs, puisque seuls les juifs messianiques reconnaissent Jésus-Christ comme leur véritable Messie. Les nombreuses questions des disciples et de l'entourage de Jésus-Christ du temps de son ministère le prouvent :
" [...] et, si vous voulez le comprendre, c'est lui qui est l'Elie qui devait venir. (Mt 11/14)
" [...] Ils répondirent : Les uns disent que tu es Jean-Baptiste; les autres, Elie ; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes. (Mt16/14)
" [...] Les disciples lui firent cette question : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'Elie doit venir premièrement ? Il répondit : Il est vrai qu'Elie doit venir, et rétablir toutes choses. (Mt 17/10-11)
Dans l'Ancien Testament :
" [...] Voici, je vous enverrai Elie, le prophète, Avant que le jour de l'Éternel arrive, Ce jour grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères à leurs enfants, Et le coeur des enfants à leurs pères, De peur que je ne vienne frapper le pays d'interdit. (Mal 4/5-6)
La Bible mentionne plusieurs cas où le nom d'un homme, conformément à la volonté de DIEU modifie son nom. Ainsi, dans l'Ancien Testament le nom originel " Abram " devient " Abraham ", celui de " Jacob " se transforme en " Israël " et dans le Nouveau Testament " Saul de Tarse " devient " Paul ". Dans notre monde actuel, les exemples sont courants avec les noms d'emprunt de la plupart des artistes, membres du monde du show-business et autres pseudonymes (pen-name en anglais). Claude Vorilhon affirme que son nouveau nom est " Raël " puisqu'il se prétend être le dernier des prophètes, le Guide des guides de la 666e génération Adamique...
l'Antéchrist en son propre nom
" [...] Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez ". (Jean 5/43)
l'esprit Antéchrist du monde
" [...] et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu, c'est celui de l'antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde ". (1 Jean 4/3)
les titres qui lui sont intrinsèquement donnés dans le Nouveau Testament sont :
le désolateur
" [...] C'est pourquoi, lorsque vous verrez l'abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie en lieu saint, -que celui qui lit fasse attention ! - (Mt 24/15)
le séducteur
" [...] Car plusieurs séducteurs sont entrés dans le monde, qui ne confessent point que Jésus-Christ est venu en chair. Celui qui est tel, c'est le séducteur et l'antéchrist ". (2 Jean 1/7)
l'homme du péché,
le fils de la perdition,
l'adversaire
" [...] Que personne ne vous séduise d'aucune manière; car il faut que l'apostasie soit arrivée auparavant, et qu'on ait vu paraître l'homme du péché, le fils de la perdition, l'adversaire qui s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu ou de ce qu'on adore, jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu ". (2 Thess 2/3-4)
l'impie
" [...] Et alors paraîtra l'impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il anéantira par l'éclat de son avènement ". (2 Thess. 2/8)
un menteur
" [...] Petits enfants, c'est la dernière heure, et comme vous avez appris qu'un antéchrist vient, il y a maintenant plusieurs antéchrists : par là nous connaissons que c'est la dernière heure. Qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l'antéchrist, qui nie le Père et le Fils ". (1 Jean 2/18 et 22)
le cavalier sur un cheval blanc
remarque : Certains exégètes considèrent que ce verset ne s'applique pas à Jésus-Christ ca il a déjà une arme : l'épée de sa parole.
" [...] Je regardai, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait avait un arc ; une couronne lui fut donnée, et il partit en vainqueur et pour vaincre ". (Apoc 6/2)
une bête
" [...] Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. La bête que je vis était semblable à un léopard; ses pieds étaient ceux d'un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité ". (Apoc. 13/1-2)
six cent soixante-six
" [...] C'est ici la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six ". (Apoc. 13/18)
Interprétation :
- Révélé par des prophéties et un faux prophète Juif, porté au pouvoir à la tête de l'Europe, puis " apocalypsé " en Israël par Jésus-Christ.
- Dictateur mondial, apparemment omnipotent sur terre pendant un temps, adoré au point d'être déifié, ayant autorité sur tout être humain.
- Naissance d'origine extraordinaire et ascendance obscure (anges déchus) ou falsifiée selon la biographie officielle.
- Education particulière et en partie falsifiée ou occultée.
- Juif converti au Catholicisme Romain puis apostat, instituant un nouveau système religieux universel dont il est l'épicentre.
- Pouvoirs prodigieux encore jamais égalés (politique, militaire, économique, culturel et surtout religieux).
- A subi une blessure mortelle lors d'un attentat et y a survécu de manière miraculeuse... on parle de résurrection...
- Impuissant et incapable de neutraliser 2 prêcheurs chrétiens et 144 000 Juifs " intouchables " pendant 1260 jours.
- Pouvoir de vie ou de mort sur tous les autres êtres humains vivant sur terre pendant 42 mois.
- Pouvoirs occultes nombreux lui valant une réputation d'irrésistibilité.
- Personnalité strato-médiatique connue et imposée comme culte à tous les hommes vivant sur terre.
- D'abord autoproclamé " Messie et Sauveur ", sera ensuite plébiscité comme tel.
- A le pouvoir de se faire entendre et de se faire comprendre par n'importe quel être humain.
- A le pouvoir de se faire voir, de jour comme de nuit, grâce à la possibilité " d'animer " son image tridimensionnelle, solide ou hologrammique à n'importe quel point du globe.
- Fortune personnelle fabuleuse et inestimable.
- Comble ses proches de cadeaux et d'honneurs.
- Rêve d'imposer le nombre de son nom " 666 ", à tout être humain comme une marque de reconnaissance économique et un laissez-passer (un laisser vivre devrait-on plutôt dire) universels...
- Séducteur irrésistible pour les non-croyants.
- Stratège militaire génial jusqu'à sa défaite à la bataille d'Harmaguédon, vaincu par la puissance surnaturelle du souffle de Jésus-Christ.
- Seul à avoir pu restaurer la paix mondiale après des temps difficiles.
- Seul à avoir pu conclure un pacte d'alliance avec le peuple Juif.
- Premier homme, dans l'histoire de l'humanité, à être envoyé, pour y demeurer pour l'éternité, en enfer avec son bras droit, le faux prophète.
Définition selon
le Larousse :
Antéchrist (n.m.) ; Imposteur qui, suivant l'Apocalypse, doit venir quelque temps avant la fin du monde pour essayer d'établir une religion opposée à celle de Jésus-Christ.
Le mot " antéchrist " apparaît seulement dans les 2 épîtres de Jean, soit 5 fois en 4 versets
" [...] Petits enfants, c'est la dernière heure, et comme vous avez appris qu'un antéchrist vient, il y a maintenant plusieurs antéchrists : par là nous connaissons que c'est la dernière heure ". (1 Jean 2/18)
" [...] Qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l'antéchrist, qui nie le Père et le Fils ". (1 Jean 2/22)
" [...] et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu, c'est celui de l'antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde ". (1 Jean 4/3)
" [...] Car plusieurs séducteurs sont entrés dans le monde, qui ne confessent point que Jésus-Christ est venu en chair. Celui qui est tel, c'est le séducteur et l'antéchrist ". (2 Jean 1/7)
Ce mot a pour racine grecque : " anticristov ", " antichristos ", c'est à dire " l'adversaire du Messie ".
la particule primaire " anti " signifie :
- pour, à la place, de, parce que, au lieu, comme, pourquoi,
- en vue de, au contraire
- opposé à, en avant
- pour, au lieu de cela, à la place de (quelque chose)
et le mot " Christ " signifie " Oint ".
Le verbe " oindre " signifie quant à lui :
- 1a) consécration de Jésus à l'office Messianique, en lui fournissant les pouvoirs nécessaires pour son administration
- 1b) imprégner les chrétiens des dons du Saint Esprit
On parle souvent d'Antéchrist comme un personnage unique qui régnera avant le retour de JESUS CHRIST. Cette traduction quelque peut erronée efface la notion d'Antichrist qui est le caractère fondamental de cet homme de haine d'abord occultée par des allures d'agneau, qui séduira à coups de miracles les Juifs apostats qui l'accueilleront comme leur véritable Messie, " roi et prophète ", et à qui " il sera donné " un temps de règne sans partage avec toutefois l'appui " magique " de la première Bête de Rome. Car en fait tout opposera la nature et les intentions véritables de ces deux hommes hors du commun avec celles de JESUS CHRIST, qu'un tableau comparatif mettra plus facilement en valeur, tant la nature contrastée d'une parodie peut être flagrante. Cette comparaison n'a qu'une valeur édificatrice ou voir même informative dans la mesure où elle pourrait être lue par une personne ignorant tout du contenu des Saintes Ecritures, car un croyant ne peut oser comparer ce qui n'est pas comparable ! JESUS, c'est DIEU qui s'est fait homme alors que l'Antichrist n'est qu'un homme qui se prendra pour DIEU et " tentera " de se faire adorer comme tel!
De manière plus générale, disons que " Antichrist " symbolise l'esprit mauvais du Malin et que " l'Antéchrist " est la personnification humaine de Satan.
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Tentative de définition
selon différents auteurs bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testaments:
- apparaîtra comme un menteur
- persécutera le peuple fidèle à DIEU
- ne sera vaincu que par JESUS CHRIST lui-même au moment de son Avènement et de l'établissement de son royaume sur terre qui durera 1000 ans jusqu'à l'époque du deuxième et dernier jugement.
- apparaîtra comme un hérétique qui niera Le Père et Le Fils
- détruira les saints et les puissants
- fera décapiter les chrétiens qui refuseront de prendre sa marque
- prospérera
- s'établira comme roi
- sera à la tête de l'Empire Romain reconstitué
- imposera sa volonté
- se déclarera et s'exaltera comme étant DIEU
- jouira d'une puissance militaire sans égal
- imposera le culte de SATAN
- accomplira des prodiges et des miracles
- se présentera d'abord comme un homme de paix, Le Pacificateur Providentiel
- sera considéré comme un sauveur
il lui sera donné un pouvoir de domination dictatoriale sur la planète entière
il lui sera donné un pouvoir de séduction au point de pouvoir tromper même les élus.
il lui sera donné une puissance surnaturelle.
- il aura à son service le faux prophète qui le ressuscitera après avoir été atteint d'une blessure mortelle.
- il ne confessera pas JESUS.
- il sortira du fond de l'abîme.
- il sera le fils de perdition, l'Homme impie, l'Etre perdu, l'Homme du péché, l'Inique, l'Adversaire...
- il sera plongé pour l'Eternité avec le faux prophète dans l'étang de feu et de soufre.
Dans l'antiquité, des rois ont déjà eu le triste privilège d'apparaître comme des précurseurs antichristiques et parmi eux, le roi Antiochus IV Epiphane qui régna entre l'an 175 et l'an 164 avant Jésus-Christ. Ayant conquis la ville de Jérusalem, il en profana le temple en l'an -171.
Tableau récapitulatif :
Le tableau qui suit a été constitué en reprenant des éléments de versets bibliques sans aucun rajout ou interprétation quelconque.
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L'Antichrist
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Le Christ
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- LAntichrist est la personnification de Satan |
- JESUS est la personnification de Dieu le Père |
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- LAntichrist monte de labîme pour accomplir la volonté de Satan. |
- JESUS descend du ciel pour faire la volonté de DIEU. |
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- LAntichrist vient en son propre nom et s'élève. |
- JESUS vient au nom de son Père et s'humilie. |
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- LAntichrist a pour femme la Grande Prostituée, LEglise Apostate, qui se sera reniée en trahissant le message évangélique, quil mettra en fin de compte à feu et à sang. |
- JESUS CHRIST a pour épouse son Eglise, fidèle et sans reproche, quil enlèvera au ciel avec lui pour lui éviter dassister à lapostasie blasphématoire de la grande tribulation. |
|
- Le règne de LAntichrist qui remettra certainement à jour le vieux rêve hitlérien dun royaume de 1000 ans sera réduit à 42 mois, (soit 3 ans et demie ou très exactement 1260 jours) par la volonté divine. |
- Le ministère de JESUS a duré environ 3 ans et, après sa victoire sur LAntichrist, son règne terrestre durera 1000 ans, avant le deuxième et dernier jugement et la transformation de la terre. |
|
- LAntichrist est la deuxième personne de la trinité infernale constituée par Satan, la Bête et le faux prophète que lon peut respectivement qualifier dAnti-DIEU, dAnti-Christ et dAnti-Esprit ! |
- JESUS est la deuxième personne de la Sainte Trinité céleste dans laquelle on peut retrouver à la fois Le Père, Le Fils et Le Saint Esprit qui ne sont quun. |
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- LAntichrist a besoin dune marque qui est un nombre et ce nombre est 666, afin de pouvoir physiquement démontrer à ses " sujets " quil lui appartiennent " corps et âme "et que sans cette marque sur leur front ou leur main droite, la vie sur terre demeure impossible, la mort étant la seule autre issue. |
- Rien, sur le plan physique nindique quun homme a pris la décision de vivre selon la morale biblique, quil est chrétien et quil a choisi librement dappartenir à lEglise de JESUS. Le salut et la Vie Eternelle lui sont gratuitement accessibles. |
|
- LAntichrist, tout comme Hitler, se distinguera par la violence et le pouvoir de séduction de ses discours |
- JESUS a étonné par ses paroles comme l'a relaté Jean : " Jamais homme n'a parlé comme cet homme ". (Jean 7/46). |
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- LAntichrist recevra autorité sur toute tribu, tout peuple de toute langue et de toute nation. |
- JESUS recevra pour héritage la domination, la gloire et le règne sur tous les peuples, nations et hommes de toute langue. |
|
- LAntichrist est " l'homme du péché " par excellence. |
- JESUS est " l'homme parfait ", sans péché dés sa naissance. |
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- LAntichrist est le mauvais berger |
- JESUS est le bon berger |
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- LAntichrist viendra pour nous détruire. |
- JESUS est venu pour nous sauver. |
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- LAntichrist se laisse adorer |
- JESUS a été méprisé |
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- LAntichrist est le mensonge. |
- JESUS est la vérité. |
|
- LAntichrist est la mort |
- JESUS est la Vie |
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- LAntichrist passe par une pseudo-résurrection miraculeuse après avoir reçu une blessure mortelle. |
- JESUS une fois mort sur la croix a été ressuscité et a été reconnu en cela comme étant le Fils de DIEU |
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- LAntichrist n'est que ténèbres |
- JESUS est la lumière |
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- LAntichrist provoque la damnation Eternelle |
- JESUS donne la vie Eternelle |
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- LAntichrist est une bête sauvage réunissant les attributs du léopard, de l'ours et du lion. (Apoc 13/2). |
- JESUS est l'Agneau immolé, rempli de douceur et d'innocence. (Apoc 5/6-9) |
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- LAntichrist est le lion vaincu qui dévore |
- JESUS est le lion vainqueur de la tribu de Judas |
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- LAntichrist entraînera les siens en enfer. |
- JESUS ravira les siens dans les cieux. |
|
- LAntichrist sera détruit |
- JESUS régnera éternellement |
|
- LAntichrist est le mystère d'iniquité. |
- JESUS est le mystère de la piété. |
Jésus-Christ
l'avocat universel
" [...] Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point. Et si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. (1 Jean 2/1)
Occurrence unique dans l'ensemble des Ecritures, le mot avocat est d'une importance vitale pour comprendre qu'aucun homme ne peut échapper, " si saint soit-il ", aux accusations de l'Adversaire, celui dont la Bible dit qu'il est l'Accusateur à l'oeuvre jour et nuit devant le trône céleste.
" [...] Et j'entendis dans le ciel une voix forte qui disait : Maintenant le salut est arrivé, et la puissance, et le règne de notre Dieu, et l'autorité de son Christ ; car il a été précipité, l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit. (Apoc. 12/10)
le consolateur, l'avocat :
significations :
convoqué, appelé aux côtés, appelé à l'aide
celui qui plaide la cause d'un autre, un juge, un plaideur, un conseil pour la défense, un assistant légal, un avocat
celui qui plaide avec un autre, un intercesseur
Christ dans son élévation à la droite de Dieu, plaidant à Dieu le Père pour le pardon de nos péchés
dans un sens plus large, un aide, un assistant, un adjoint
le Saint Esprit destiné à prendre la place de Christ avec les apôtres (après son ascension au Père), pour les conduire à une plus profonde connaissance de la vérité de l'évangile, et leur donner, de la part du royaume divin, une force divine les rendant capables de vaincre les épreuves et les persécutions.
Portrait d'un tyran: Saddam Hussein

Illustration de M. Ze'ev Ben-Dor
Les contes du tyran: un portrait de Saddam Hussein
par Mark Bowden
Traduction française de Norbert Lipszyc
pour Reponses-Israel
et reinfo-israel.com
English original: Tales of the Tyrant, by Mark Bowden sur:
http://www.theatlantic.com/issues/2002/05/bowden.htm
1. Shakhsuh (Sa Personne)
"Aujourd'hui est un jour dans la Grande Bataille, la Mère Immortelle
de Toutes les Batailles. C'est un jour glorieux, splendide pour l'amour propre
du peuple de l'Irak et pour son histoire, et c'est le début de la grande
honte pour ceux qui ont allumé le feu contre lui. C'est le premier jour,
celui où la grande phase militaire de la bataille commence. Ou plutôt,
c'est le premier jour de la bataille, puisque Allah a décrété
que la Mère de toutes les Batailles se poursuit jusqu'à ce jour."
-- Saddam Hussein dans une adresse télévisée
au peuple Irakien, le 17 janvier 2002
Le tyran doit voler quelques heures de sommeil. Il doit en changer le lieu et
l'horaire régulièrement. Il ne dort jamais à la même
place. Il va de lit secret en lit secret. Un sommeil régulier, une routine
quotidienne, sont des luxes qui lui sont refusés. Il est trop dangereux
d'être prévisible, et chaque fois qu'il ferme les yeux la nation
dérive. Sa main de fer se desserre. Les complots se trament dans l'ombre.
Pendant ces quelques heures il doit se fier à quelqu'un, et rien n'est
plus dangereux pour un tyran que la confiance.
Saddam Hussein, l'Oint, le Glorieux, le Descendant du Prophète, le Président
de l'Irak, le Président de son Conseil Révolutionnaire, le Maréchal
en Chef de ses armées, docteur de ses lois, le Grand Oncle de tous ses
peuples, se lève vers trois heures du matin. Il ne dort que 4 à
5 heures par nuit. Au lever, il va nager. Tous ses palais, toutes ses maisons
ont des piscines. L'eau est le symbole de la richesse et du pouvoir dans un
pays de déserts comme l'Irak, et Saddam en fait jaillir partout, fontaines,
piscines et bassins, rivières internes et cascades. C'est un thème
récurrent dans tous ses immeubles. Ses piscines sont soigneusement entretenues
et testées chaque heure, plus pour conserver la température, le
taux de chlore et le pH à des niveaux confortables que pour détecter
si un quelconque poison ne va pas s'attaquer à lui par ses pores, ses
yeux, sa bouche, son nez, son pénis ou son anus, bien qu'il le craigne
toujours.
Son dos est fragile, une hernie discale, et la natation l'aide. Cela le maintient
aussi en bonne santé et en forme. Cela satisfait sa vanité, épique,
mais le souci qu'il a de sa santé tient à d'autres raisons: à
65 ans c'est un vieil homme. Son pouvoir étant basé sur la peur
et non sur l'affection, il ne peut donner l'impression qu'il vieillit. Le tyran
ne peut se permettre d'apparaître voûté, frêle et grisonnant.
La faiblesse attire la révolte, les coups d'état. On peut imaginer
Saddam s'obligeant chaque matin à effectuer le nombre de longueurs qu'il
s'est fixé, à surpasser la distance qu'il parcourait à
la nage l'année précédente, comme si le temps pouvait être
aboli par l'effort et la volonté. La mort est un ennemi qu'il ne peut
vaincre, seulement, peut-être, retarder. Alors il y travaille. Et il fait
semblant. Il teint en noir ses cheveux gris, il évite d'utiliser ses
lunettes pour lire en public. Quand il doit faire un discours, ses assistants
l'impriment en très grosses lettres, juste quelques lignes par page.
Son problème de dos l'obligeant à marcher en claudiquant légèrement,
il évite d'être vu ou filmé marchant plus que quelques pas.
Il a des membres longs et de grandes et fortes mains. En Irak la taille d'un
homme compte encore beaucoup et Saddam est impressionnant. Du haut de son mètre
quatre-vingt-dix il écrase ses assistants plus petits et plus ronds.
Il n'a aucune grâce naturelle mais ses manières ont acquis une
certaine élégance, celle d'un enfant de la campagne qui a appris
à assortir la bonne cravate à son costume. Son poids fluctue entre
100 et 110 kilos, mais dans ses complets sont taillés de façon
à cacher sa corpulence. Sa bedaine n'est visible que lorsqu'il ôte
sa veste. Ceux qui l'observent attentivement qu'il a tendance à perdre
du poids en période de crise et à le reprendre rapidement lorsque
les choses s'arrangent.
La nourriture fraîche arrive par avion deux fois par semaine: du homard,
des crevettes, et du poisson, beaucoup de viande maigre et de produits laitiers.
Les envois arrivent d'abord chez ses physiciens nucléaires qui les passent
aux rayons X et les testent pour vérifier qu'ils ne sont ni irradiés
ni empoisonnés. Sa nourriture est alors préparée par des
chefs formés en Europe, travaillant sous la supervision de Al Himaya,
chef de ses gardes du corps personnels. Chacun de ses 20 palais comprend une
équipe complète de serviteurs et chaque équipe prépare
trois repas par jour. Sa sécurité exige que l'on organise chaque
jour, dans chaque palais, une pantomime destinée à faire penser
qu'il y réside. Saddam essaie de suivre un régime alimentaire
tout comme il compte ses longueurs de bassin. Pour un homme de sa corpulence,
il mange peu, picorant dans les plats, laissant souvent la moitié de
la nourriture dans son assiette. Parfois, il dîne dans un restaurant de
Bagdad. Quand cela arrive, son personnel de sécurité envahit la
cuisine, exigeant que marmites, casseroles, plats et ustensiles soient bien
astiqués, mais n'intervenant pas au-delà. Saddam apprécie
la gastronomie. Il préfère le poisson à la viande, et mange
beaucoup de fruits frais et de légumes. Il aime boire du vin à
ses repas, mais il n'est pas un nologue, son vin préféré
est le Mateus rosé. Et même s'il boit avec modération, il
veille à ce que personne n'appartenant pas à son entourage familial
et ses assistants immédiats ne puisse le voir boire. L'alcool est interdit
par l'islam et en public Saddam est un fils respectueux de la foi.
Il a un tatouage sur la main droite, trois points bleu foncé alignés
près du poignet. Dans son village les enfants sont ainsi tatoués
à l'âge de 5 ou 6 ans, signe de leurs racines rurales, tribales.
Les filles sont souvent marquées sur le menton, le front ou les joues
(comme la mère de Saddam). Pour ceux qui, tel Saddam, sont venus en ville
et se sont élevés socialement, les tatouages sont le signe d'une
origine modeste et certains plus tard les enlèvent ou les décolorent.
Les tatouages de Saddam se sont décoloré, mais apparemment seulement
pour raisons d'âge. Bien qu'il proclame descendre du prophète Mahomet,
il n'a jamais caché son humble naissance.
Le président à vie passe chaque jour de longues heures dans son
bureau, quel que soit le bureau que lui st ses conseillers en sécurité
choisissent. Il y rencontre ses ministres et ses généraux, demande
leur opinion, et suit sa propre tendance. Il fait de courtes siestes durant
la journée. Il peut quitter brusquement une réunion, s'enfermer
dans une pièce voisine, puis revenir reposé après une demi-heure.
Ceux qui rencontrent le Président n'ont pas ce loisir. Ils doivent rester
éveillés et en forme tout le temps. En 1986, durant la guerre
Iran Irak, Saddam surprit le Général Aladin al-Janabi en train
de somnoler durant une réunion. Il le démit de son grade et le
jeta hors de l'armée. Il fallut des années pour qu'al-Janabi puisse
reprendre son rang et rentrer en faveur.
Le bureau de Saddam est toujours immaculé. Les rapports des divers services
sont soigneusement rangés, chacun comprenant une description détaillée
des réalisations et dépenses récentes précédées
d'un résumé. Habituellement il ne lit que ceux-ci, mais il choisit
certains rapports pour un examen plus approfondi. Si les détails contredisent
le résumé, ou si Saddam est troublé, il convoque le chef
de service. Lors de ces réunions Saddam est toujours poli et calme. Il
élève rarement la voix. Il aime à démontrer une
maîtrise sur chaque aspect de son domaine, depuis la rotation des récoltes
jusqu'à la fission nucléaire. Mais ces réunions peuvent
aussi être terrifiantes quand il s'en sert pour flatter, réprimander
ou interroger ses subordonnés. Souvent il organise une visite surprise
dans un bureau subalterne, un laboratoire, une usine, bien qu'avec les nécessaires
préparatifs de sécurité, l'annonce de son arrivée
le précède. La plupart de ce qu'il voit depuis son bureau ou lors
de ces inspections "surprise" est arrangé et rempli de mensonges.
Saddam a reçu de l'information irréaliste depuis si longtemps
que ce à quoi il s'attend est toujours irréaliste. Ses bureaucrates
complotent pour maintenir ses illusions. Aussi Saddam ne voit que ce que ceux
qui l'entourent veulent bien lui montrer, ce qui, par définition, est
ce qu'il désire voir.
Un homme stupide à sa place voudrait croire qu'il a créé
un monde parfait. Mais Saddam n'est pas stupide. Il sait qu'on le trompe, et
il s'en plaint.
Il lit voracement, sur toutes sortes de sujets allant de la physique aux romances
sentimentales, et il s'intéresse à de nombreux sujets. Il a une
passion spéciale pour l'histoire arabe et l'histoire militaire. Il aime
les biographies de grands hommes et il admire Winston Churchill, dont la production
littéraire est à l'égal de sa carrière politique.
Saddam a aussi des aspirations littéraires. Il utilise des nègres
pour produire un flot incessant de discours, d'articles, de livres d'histoire
et de philosophie; son uvre comprend aussi des romans. Ces dernières
années il semble avoir écrit et a publié deux fables romantiques,
Zabibah et Le Roi du Château Fortifié; une troisième oeuvre
de fiction, non encore titrée, devrait voir le jour sous peu. Avant de
publier ses livres, Saddam les fait circuler discrètement auprès
de professionnels de la littérature en Irak pour qu'ils les commentent.
Aucun n'ose être sincère, le style est celui d'un amateur incompétent,
alourdi par une veine de pédanterie sévère, mais chacun
cherche à être utile, envoyant quelques suggestions amicales d'améliorations
mineures. Les deux premiers romans furent publiés sous l'équivalent
arabe de "Anonyme" qu'on pourrait traduire par "Ecrit par celui
qui l'a écrit", mais le nouveau livre porterait le nom de Saddam
comme auteur.
Saddam aime regarder la télévision, surveillant les chaînes
irakiennes qu'il contrôle, mais aussi CNN, Sky, Al Jazira et la BBC. Il
adore le cinéma, surtout les films impliquant des intrigues, des assassinats
et des complots, Le Jour du Chacal, La conversation, Ennemi d'Etat, par exemple.
Comme il a peu voyagé, ces films l'informent sur les idées dans
le monde et alimentent son penchant à croire aux théories sur
les conspirations mondiales. Pour lui, le monde est un puzzle que seuls les
imbéciles acceptent au premier degré. Il aime bien aussi des films
à thème plus littéraire. Deux de ses favoris sont "Le
Vieil Homme et la Mer" et la série des "Parrains".
Saddam peut être charmant et il a un sens de l'humour en ce qui le concerne.
"Il a raconté des histoires hilarantes sur la télévision",
dit Khidir Hamza, un scientifique qui travailla dans le programme d'armes nucléaires
irakien avant de s'enfuir à l'Ouest. "Il est un excellent conteur,
un de ceux qui miment leur histoire en même temps qu'ils la racontent.
Il raconta comment il s'était une fois retrouvé derrière
les lignes de l'ennemi durant la guerre avec l'Iran. Il voyageait le long de
la ligne de front, faisant des visites surprises, quand les Iraniens lancèrent
une offensive qui isola la position où il se trouvait. Bien sûr,
les Iraniens ne savaient pas qu'il se trouvait là. La manière
dont il raconta l'histoire n'était ni vantarde, ni auto-admirative. Il
ne prétendit pas avoir brisé les lignes ennemies en se battant.
Il dit qu'il avait peur. Concernant les soldats de sa position il dit ils
m'ont simplement quitté', le répétant plusieurs fois de
manière humoristique. Puis il décrivit comment il se cacha avec
son revolver et observa les combats jusqu'à ce que ses troupes reprennent
sa position et qu'il soit à nouveau en sécurité. Que
peut faire un pistolet au milieu d'une bataille?' demanda-t-il. C'était
charmant, très charmant".
Le général Wafik Samarai qui fut le chef du renseignement de Saddam
durant les 8 années de la guerre Iran Irak (et qui, après son
limogeage à la suite de la guerre du Golfe, marcha pendant trente heures
dans les régions montagneuses du nord de l'Irak pour s'échapper)
dit la même chose: "Il est plaisant d'être en sa compagnie
et de parler avec lui. Il est sérieux et les réunions avec lui
peuvent devenir tendues, mais il ne cherche pas à vous intimider à
moins qu'il n'en ait ainsi décidé. Quand il vous demande votre
opinion, il écoute très attentivement et ne vous interrompt pas.
De même il s'énerve si on l'interrompt et demande sèchement
qu'on le laisse finir."
Ses médecins ont conseillé à Saddam de marcher au moins
deux heures par jour. Il n'y arrive que très rarement, mais il fait des
promenades plusieurs fois par jour. Il avait pris l'habitude d'effectuer ces
ballades en public, descendant en trombe avec son entourage sur l'un ou l'autre
des quartiers de Bagdad, ses gardes du corps ayant vidé les trottoirs
et les rues avant le passage du tyran. Quiconque l'approchait sans y avoir été
convié était battu quasiment à mort. Maintenant, marcher
en public est devenu trop dangereux, et on ne doit pas le voir boiter. Aussi,
Saddam ne fait plus d'apparitions publiques non scénarisées. Il
boite allègrement derrière les murailles et barrières gardées
par des patrouilles de ses vastes propriétés. Il se promène
souvent avec un fusil, chassant le daim ou le lapin dans ses réserves
personnelles. Il est un excellent fusil.
Saddam est marié depuis près de 40 ans. Sa femme, Sajida, est
une cousine du côté de sa mère et la fille de Khairallah
Tulfah, l'oncle et le mentor politique de Saddam. Sajida lui a donné
deux fils et trois filles, et reste loyale envers lui, mais il a eu de nombreuses
relations extra maritales. On raconte de lui qu'il choisit de jeunes vierges
pour sa couche, comme le sultan Shahryar dans les Contes des Mille et une Nuits,
qu'il a eu un enfant avec sa maîtresse de longue date, et même qu'il
a tué une jeune femme après une rencontre sexuelle très
chaude. Il est difficile de distinguer la vérité des mensonges.
Tant de gens, en Irak et à l'extérieur, haïssent Saddam que
toute rumeur embarrassante ou péjorative sera répandue, crue,
répétée et écrite dans la presse occidentale comme
étant la vérité. Ceux qui le connaissent bien se gaussent
de ces contes.
"Saddam a des maîtresses, mais ces histoires de viol et de meurtre
sont des mensonges" dit Samarai. "Ce n'est pas son genre. Il est très
prudent envers lui-même dans tout ce qu'il entreprend. Il est scrupuleux
et très convenable, et veut ne jamais faire mauvaise impression. Mais
il est parfois attiré par d'autres femmes, et il a eu des liaisons avec
elles. Ce ne sont pas le genre de femmes qui parleraient de lui."
Saddam est par nature un solitaire, et le pouvoir rend encore plus solitaire.
Un jeune homme sans pouvoir et sans argent est totalement libre. Il n'a rien,
mais il a aussi tout. Il peut voyager, errer. Il peut faire de nouvelles rencontres
chaque jour, et il peut absorber l'infinie variété de la vie.
Il peut séduire et être séduit, entreprendre et abandonner
l'entreprise, s'engager ou s'enfuir, combattre pour préserver le régime
en place ou fomenter une révolution. Il peut se réinventer chaque
jour, selon les découvertes qu'il fait sur le monde et sur lui-même.
Mais s'il prospère grâce aux choix qu'il fait, s'il se marie, a
des enfants, acquiert de la richesse, des terres, du pouvoir, ses choix se réduisent
chaque jour. La responsabilité et les engagements pris limitent ses marges
de liberté. On pourrait penser que le plus puissant des hommes est celui
qui dispose du plus grand nombre de choix, en fait c'est celui qui en a le moins.
Trop de choses dépendent de chacune de ses décisions. Les choix
du tyran sont les plus réduits de tous. Sa vie, la nation, sont dans
la balance. Il ne peut plus explorer ni errer, s'engager ni fuir. Il ne peut
plus se réinventer car tant d'autres dépendent de lui, et réciproquement.
Il cesse d'apprendre car il est entouré, dans murailles de ses forteresses,
de ses palais par des généraux, des ministres qui n'osent que
rarement lui dire ce qu'il ne désire pas entendre. Le pouvoir progressivement
isole le tyran du monde. Tout lui arrive de deuxième ou troisième
main. Il est trompé tous les jours. Il devient ignorant de son peuple,
de sa terre, même de sa propre famille. Il existe, en fin de compte, uniquement
pour conserver le pouvoir et la richesse accumulés, pour construire son
héritage. Survivre devient l'unique passion. Alors il contrôle
sa nourriture, vérifie qu'elle ne contient pas de poison, prend de l'exercice
derrière des murs bien gardés, n'a confiance en personne, et essaie
de tout contrôler.
Le commandant Sabah Khalifa Khodada, officier de carrière de l'armée
irakienne, fut convoqué à une réunion importante le 1er
janvier 1996 devant abandonner de suite ses fonctions de commandant adjoint
d'un camp d'entraînement de terroristes. C'était la nuit. Il se
rendit en voiture au centre de commandement à Alswayra, au sud-ouest
de Bagdad, où on lui ordonna comma à d'autres officiers de se
mettre en sous-vêtements. Ils enlevèrent leurs vêtements,
leurs montres et bagues et donnèrent leurs portefeuilles. Les vêtements
furent alors nettoyés, stérilisés et passés aux
rayons X. Chaque officier, en sous-vêtement, fut fouillé et passa
sous un détecteur de métal. Ils reçurent individuellement
l'ordre de se laver les mains avec une solution désinfectante au permanganate.
Puis ils s'habillèrent et furent transportés en bus aux fenêtres
noircies de manière à ce qu'ils ne puissent pas voir où
ils allaient. Après une demi-heure ou plus de trajet ils furent à
nouveau fouillés et furent mis en file indienne. Ils arrivèrent
à un immeuble d'apparence officielle, Khodada ne savait pas où.
Après un moment on les emmena dans une salle de réunion et ils
s'assirent autour d'une grande table ronde. On leur dit qu'ils allaient avoir
le grand honneur d'une réunion avec le Président Saddam lui-même.
Ils reçurent l'ordre de ne pas parler mais de seulement écouter.
Quand Saddam entra, ils devaient se lever avec respect. Ils ne devaient ni s'approcher
de lui ni le toucher. Pour tous, à l'exception de ses assistants les
plus proches, le protocole d'en rencontre avec le dictateur est simple: il dicte.
"N'interrompez pas, ne posez pas de questions, ne faites aucune demande."
Chaque homme reçut un bloc de papier et un crayon et reçut l'ordre
de prendre des notes. Une petite tasse de thé fut placée devant
chacun d'eux et devant le siège vide présidant la table.
Quand Saddam apparut, ils se levèrent. Il resta debout près de
sa chaise et leur sourit. Il portait son uniforme militaire décoré
de médailles et d'épaulettes dorées, ayant l'air en pleine
forme, impressionnant et plein d'assurance. Quand il s'assit, tout le monde
s'assit. Saddam ne prit pas son thé, aussi personne ne goûta le
sien. Il dit à Khodada et aux autres qu'ils étaient les meilleurs
de la nation, ceux en qui on avait le plus confiance, les plus aptes. C'est
pourquoi ils avaient été sélectionnés pour le rencontrer
et pour travailler dans les camps de terroristes où des guerriers étaient
formés pour riposter contre l'Amérique. Les Etats-Unis, dit-il,
étaient la cible nécessaire de la vengeance et de la destruction
à cause du traitement irréfléchi qu'ils faisaient subir
aux nations arabes et aux peuples arabes. L'agression américaine doit
être stoppée pour que l'Irak puisse se reconstruire et qu'il reprenne
le leadership du monde arabe. Saddam parla pendant plus de deux heures. Khodada
pouvait ressentir en lui la haine, la colère contre ce que l'Amérique
avait fait contre l'Irak et ses ambitions. Saddam rendait les Etats-Unis responsables
de toute la misère, l'arriération, la souffrance dans son pays.
Khodada prit des notes. Il jeta des regards dans la pièce. Sa conclusion
fut que peu des participants croyaient en ce que disait Saddam. C'étaient
des hommes d'expérience, endurcis par les combats, venant de toutes les
régions du pays. La plupart avaient combattu dans la guerre contre l'Iran
et durant la guerre du Golfe. Peu s'illusionnaient sur Saddam et son régime,
ou sur les ennuis de leur pays. Ils avaient tous les jours à faire face
à de vrais problèmes dans les villes et les camps militaires dans
tout l'Irak. Ils auraient pu dire beaucoup de choses à Saddam. Mais rien
ne passa d'eux vers le tyran. Pas un mot, pas un micro-organisme.
La réunion avait été organisée pour ne permettre
la communication que dans un sens, et même cela échoua. Le discours
de Saddam n'avait aucun sens pour ses auditeurs. Khodada le méprisait,
et il pensait qu'il n'était pas le seul dans la pièce à
ressentir de même. Le commandant savait qu'il n'était pas un couard,
mais, comme beaucoup des officiers présents, il était terrorisé.
Il avait peur de faire le geste qu'il ne fallait pas, d'attirer l'attention
sur lui malencontreusement, de faire quelque chose de non prévu dans
le scénario. Il fut soulagé de n'avoir pas eu envie d'éternuer,
de se moucher, de tousser.
A la fin de la réunion, Saddam quitta simplement la pièce. Personne
n'avait touché aux tasses de thé. Les hommes retournèrent
à leur bus et conduit de nouveau à Alswayra d'où ils retournèrent
à leurs camps ou domiciles respectifs. La rencontre avec Saddam n'avait
signifié rien. Les notes prises sur ordre n'avaient aucune valeur. Ce
fut comme s'ils avaient visité une zone de rêve sans connexion
avec le monde réel où ils vivaient.
Ils avaient pénétré dans le monde du tyran.
2. Tumooh (Ambition)
"Les Irakiens savaient qu'ils avaient le potentiel, mais ne savaient pas
comment le mobiliser. Leurs dirigeants ne remplissaient pas leurs fonctions
sur la base de ce potentiel. Le leader, le guide capable de harnacher ce potentiel
à la tâche à accomplir n'était pas encore apparu
dans leurs rangs. Même ceux qui avaient découvert ce potentiel
ne savaient pas comment l'utiliser, pas plus qu'ils ne savaient comment l'orienter
pour lui permettre de se transformer en acte efficace qui ferait vibrer la vie,
et remplirait les curs de bonheur."
-- Saddam Hussein, s'adressant au peuple irakien, le 17 juillet 2000
Dans le village de Saddam, al-Awia, à l'est de Tikrit dans le centre
nord de l'Irak, son clan vivait dans les maisons faites de briques de boue séchée,
aux toits plats, de bois couvert de boue. La terre est sèche, et la famille
survit à peine, cultivant du blé et des légumes. Le clan
de Saddam s'appelle al-Khattab, et ils étaient connus pour être
violents et intelligents. Certains les considéraient comme des escrocs
et des voleurs, se souvient Salah Omar al-Ali qui grandit à Tikrit et
qui connut bien Saddam plus tard. Ceux qui sont encore partisans de Saddam peuvent
le voir comme un Saladin, un réel leader pan arabe, ses ennemis peuvent
le voir comme un Staline, un dictateur cruel, mais pour al-Ali Saddam ne sera
jamais qu'un al-Khattab se conformant aux voies de sa famille à une beaucoup
plus grande, plus énorme échelle.
Al-Ali me prépara du thé dans sa maison de la banlieue de Londres
en janvier dernier. Il est élégant, frêle, gris et pale,
un homme à la dignité calme et aux manières raffinées,
qui accompagne ses paroles de gestes gracieux de ses longues mains. Il était
ministre de l'information de l'Irak quand, en 1969, Saddam (celui qui détenait
le vrai pouvoir dans le parti au pouvoir), en partie pour montrer son courroux
à la suite des défaites arabes dans la Guerre des Six Jours, annonça
qu'il avait découvert un complot sioniste et fit pendre sur la place
publique 14 comploteurs présumés, dont 9 Juifs irakiens. Leurs
corps restèrent pendus au bout de leur corde pendant plus de 24 heures
sur la Place de la Libération de Bagdad. Al-Ali prit la défense
de cette atrocité dans son pays et face au reste du monde. Aujourd'hui
il n'est que l'un des nombreux anciens dirigeants irakiens exilés, un
vieux socialiste qui fut au service du parti révolutionnaire pan arabe,
le parti Baath, et de Saddam jusqu'à ce qu'il d"plaise au Grand
Oncle. Al-Ali voudrait nous faire croire que c'est sa conscience qui le poussa
à l'exil, mais on peut douter qu'il ait eu des scrupules concernant les
droits de l'homme durant sa vie. Il me montra les points tatoués à
moitié effacés sur sa main, qui ont pu être gravés
là par le même homme de Tikrit qui tatoua Saddam.
Bien qu'al-Ali ait été un familier de la famille al-Khattab il
ne rencontra pas Saddam lui-même avant le milieu des années 60,
alors qu'ils étaient tous deux des socialistes révolutionnaires
complotant pour renverser le régime chancelant du général
Abd al-Rahman Arif. Saddam était un jeune homme grand et mince avec une
chevelure épaisse, noire et frisée. Il s'était récemment
échappé de prison, après avoir été arrêté
suite à une tentative manquée d'assassinat du prédécesseur
d'Arif. Cette tentative, l'arrestation, l'emprisonnement, avaient tous contribué
à la renommée révolutionnaire de Saddam.
Il était une combinaison impressionnante de dur capable d'obtenir le
respect des truands qui faisaient le travail sale du parti Baath, et de lettré,
sachant bien s'exprimer et apparemment ouvert d'esprit; un homme d'action qui
comprenait la politique; un leader naturel qui pouvait conduire l'Irak vers
une nouvelle ère. Al-Ali rencontra le jeune fugitif dans un café
près de l'université de Bagdad. Saddam arriva en Volkswagen, dans
un costume gris bien coupé. C'était des temps excitants pour les
deux jeunes hommes. L'air enivrant du changement était dans l'air, et
les perspectives de leur parti étaient bonnes. Saddam était heureux
de rencontrer un autre Tikritien. "Il m'écouta longuement"
se souvient al-Ali. "Nous discutâmes les plans de notre parti, comment
l'organiser sur le plan national. Les problèmes étaient complexes,
mais il était clair que nous les comprenions bien. Il était sérieux,
et il accepta plusieurs de mes suggestions. Il m'a impressionné."
Le parti prit le pouvoir en 1968, et Saddam immédiatement eut le pouvoir
réel derrière son cousin Ahmad Hassan al-Bakr, président
du pays et du nouveau Conseil Révolutionnaire de Commandement. Al-Ali
était membre de ce conseil. Il était le responsable la région
centrale nord de l'Irak, qui comprend son village natal. C'est à Tikrit
qu'il commença à voir la mise en oeuvre du plan plus général
de Saddam. Les membres de la famille de Saddam à al-Awja commençaient
à utiliser son nom pour toute chose, se saisissant de fermes, ordonnant
aux gens de quitter leurs terres. C'est ainsi que cela fonctionnait dans les
villages. Si une famille avait de la chance, elle produisait un homme fort,
un patriarche, qui par ruse, force ou violence accumulait les richesses pour
son clan. Saddam était maintenant un homme fort, sa famille faisait le
nécessaire pour s'emparer du butin. Tout ça était de nature
ancienne. La philosophie du Baath était bien plus égalitaire.
Elle mettait en exergue le travail avec les Arabes d'autres pays pour reconstruire
toute la région, partageant la propriété et la richesse,
recherchant une meilleure vie pour tous. Dans ce climat politique, la famille
de Saddam représentait une régression. Les chefs locaux du parti
se plaignirent amèrement, et al-Ali rendit compte de ces plaintes à
son jeune ami. "Ce n'est qu'un petit problème," dit Saddam.
"Ce sont des gens simples. Ils ne comprennent pas nos objectifs généraux.
Je m'en charge." Deux fois, trois fois, quatre fois al-Ali alla voir Saddam,
car le problème était toujours là. Chaque fois c'était
la même chose: "Je m'en occupe."
Al-Ali comprit finalement que la famille al-Khatab fait exactement ce que Saddam
veut qu'elle fasse. Ce jeune villageois qui semblait moderne, bien éduqué,
était bien moins intéressé à aider le parti à
atteindre ses buts idéalistes qu'à utiliser le parti à
l'aider lui à atteindre les siens. Soudain al-Ali vit que la politesse,
les beaux costumes, les goûts policés, les manières civilisées,
et la rhétorique socialiste n'étaient qu'affectation. L'histoire
véritable de Saddam se trouvait là, dans le tatouage de sa main
droite. Il était un vrai fils de Tikrit, un al-Khatab habile et il était
maintenant bien plus que le patriarche de son clan.
La progression de Saddam dans les rangs du pouvoir avait pu être lente
et trompeuse, mais quand il s'empara du pouvoir, il le fit très ouvertement.
Il servait comme vice-président du Conseil Révolutionnaire de
Commandement, et comme vice-Président de l'Irak, et son plan était
d'occuper formellement les deux postes au sommet. Certains leaders du parti,
y compris des hommes proches de Saddam depuis des années, pensaient autre
chose. Plutôt que de lui remettre les rennes ils recommandaient des élections
dans le parti. Aussi, Saddam prit des mesures. Il mit en scène son ascension
comme au théâtre.
Le 18 juillet 1979, il invita tous les membres du Conseil Révolutionnaire
de Commandement et des centaines d'autres leaders du parti dans un centre de
conférence de Bagdad. Une caméra vidéo enregistrait l'événement
pour la postérité selon ses ordres. Vêtu de son uniforme
militaire, il avança lentement vers le pupitre et se tint entre deux
micros, faisant des gestes avec son grand cigare. Son corps et son visage large
semblaient comme écrasés de tristesse. Il y a eu une trahison,
dit-il. Un complot syrien. Il y a des traîtres dans l'assistance. Puis
Saddam s'assit, et Muhyi Abd al-Hussein Mashhadi, le secrétaire général
du Conseil de Commandement, apparut de derrière le rideau pour avouer
sa participation au putsch. Il avait été secrètement arrêté
et torturé des jours auparavant; maintenant il révélait
des dates, des lieux et le nombre de fois où les comploteurs s'étaient
réunis. Puis il livra des noms. Comme il désignait des personnes
dans l'audience un par un, des hommes armés se saisissaient des accusés
et les escortaient hors de la salle. Comme l'un des hommes criait son innocence,
Saddam cria à son tour, "Itla! Itla!"--"Dehors! Dehors!"
(Des semaines plus tard, après des procès secrets, Saddam les
fit bâillonner avec du ruban adhésif pour les empêcher de
prononcer des paroles incriminantes comme derniers mots devant les pelotons
d'exécution.) Quand les soixante "traîtres" furent emmenés,
Saddam revint à nouveau sur le podium et il essuya quelques larmes en
répétant les noms de ceux qui l'avaient trahi. Certains dans l'audience
pleuraient aussi, peut-être par peur. Cette terrifiante performance eut
l'effet désiré. Chacun dans la salle de conférence comprit
comment les choses allaient fonctionner en Irak désormais. L'audience
se leva et applaudit, d'abord par petits groupes puis tous ensemble. La session
se termina sous les applaudissements et les rires. Les "leaders" restant,
environ 300 au total, quittèrent la conférence secoués,
mais reconnaissants d'avoir évité le sort de leurs collègues,
certains maintenant qu'un homme contrôlait désormais le destin
de toute la nation. Les bandes vidéo de la purge circulèrent dans
tout le pays.
Le monde en vint à considérer cela comme du Saddam classique.
Il a tendance à commettre ses crimes en public, les couvrant du manteau
du patriotisme et transformant ses témoins en complices. La purge ce
jour-là aboutit selon les rapports à l'exécution d'un tiers
du Conseil de Commandement. (La performance Mashhadi ne le sauva pas; lui aussi
fut exécuté.) Durant les semaines qui suivirent des douzaines
d'autres "traîtres" furent fusillés, y compris des officiels
gouvernementaux, des officiers de l'armée, des gens dénoncés
par des citoyens ordinaires, répondant ainsi à une ligne de téléphone
ouverte dont le numéro était diffusé par la télévision
irakienne. Certains membres du Conseil disent que Saddam ordonna à des
membres du cercle interne du parti de participer à ce bain de sang.
Pendant qu'il occupait de poste de vice-président, de 1968 à 1979,
les buts du parti avaient semblé être ceux de Saddam. Ce fut une
relativement bonne période pour l'Irak, grâce à l'efficacité
brutale de Saddam en tant qu'administrateur. Il orchestra un projet national
draconien d'alphabétisation. Des programmes d'enseignement de la lecture
furent mis en place dans chaque ville, dans chaque village, et ne pas y assister
était passible de 3 ans de prison. Hommes, femmes et enfants suivirent
les classes obligatoires, et des centaines de milliers d'Irakiens analphabètes
apprirent à lire. L'UNESCO remit une décoration à Saddam.
Il y eut des campagnes ambitieuses pour construire des écoles, des routes,
des logements populaires, des hôpitaux. L'Irak créa l'un des meilleurs
systèmes de santé publique au Moyen-Orient. L'Occident admira
pendant des années les réalisations de Saddam sinon ses méthodes.
Après la the révolution islamique fondamentaliste en Iran, et
la saisie de l'ambassade américaine à Téhéran en
1979, Saddam semblait le meilleur espoir pour une modernisation laïque
dans la région.
Aujourd'hui, tous ces programmes sont des souvenirs anciens. Deux ans après
sa prise de tout le pouvoir, les ambitions de Saddam devinrent la conquête,
et ses défaites ont ruiné la nation. Ses anciens alliés
du parti en exil considèrent maintenant son support aux programmes de
bien-être social comme une tromperie monumentale. Les ambitions générales
pour le peuple irakien étaient celles du parti, disent-ils. Aussi longtemps
qu'il eut besoin du parti, Saddam adopta ses programmes. Mais son seul but durant
toute cette période fut d'établir son propre régime.
"Au début, le parti Baas était composé de l'élite
intellectuelle de notre génération", dit Hamed al-Jubouri,
un ancien membre du Conseil de Commandement qui vit maintenant à Londres.
"Il y avait de nombreux professeurs, physiciens, économistes et
historiens - vraiment l'élite de la nation. Saddam était séduisant
et impressionnant. Il nous apparaissait bien différent de tout ce qu'il
était réellement comme nous l'avons appris par la suite. Il nous
a tous trompés. Nous le soutenions parce qu'il semblait être le
seul à pouvoir contrôler un pays aussi difficile qu'est l'Irak,
un peuple aussi difficile que l'est notre peuple. Il nous étonnait. Comment
un homme si jeune, né à la campagne au nord de Bagdad avait-il
pu devenir un leader aussi compétent? Il paraissait être aussi
bien intellectuel que pratique. Mais il cachait sa véritable nature.
Il le fit pendant des années, construisant tranquillement son pouvoir,
séduisant tout le monde, cachant ses véritables instincts. Il
possède une grande habileté à cacher ses intentions, c'est
sans doute son plus grand talent. Je me souviens que son fils Uday a dit un
jour: "La poche droite du costume de mon père ne sait pas ce que
contient la poche gauche".
Que veut Saddam? D'après tout ce qu'on en dit, il n'est pas intéressé
par l'argent. Ce n'est pas le cas d'autres membres de sa famille. Son épouse,
Sajida, est connue pour avoir eu des orgies d'achats à New York et Londres
se montant à un million de dollars, au temps où Saddam avait encore
de bonnes relations avec l'Ouest. Uday conduit des voitures chères et
porte des costumes faits sur mesure selon ses propres modèles. Saddam
lui-même n'est pas un hédoniste; il mène une existence bien
réglée, avec une certaine abstinence. Il semble bien plus intéressé
par la gloire que par l'argent, désirant avant tout être admiré,
révéré et qu'on se souvienne de lui. Une biographie officielle
de 19 volumes est la lecture obligatoire pour tous les officiels du gouvernement
irakien, et Saddam a aussi commandé un film de six heures sur sa vie,
appelé Les Longs Jours, monté par Terence Young, plus connu pour
avoir mis en scène trois films de James Bond.
Le biographe officiel de Saddam dit qu'il ne se préoccupe pas de ce que
le peuple pense de lui aujourd'hui mais uniquement de ce qu'ils penseront de
lui dans 500 ans. La racine de sa recherche sanglante, quasi maniaque, du pouvoir
semble être simplement la vanité. Quels extrêmes de vanité
le conduisent-il à emprisonner ou exécuter quiconque le critique
ou s'oppose à lui, à ériger des statues géantes
de lui pour orner toutes les places publiques de son pays, à commander
des portraits romantiques, dont certains de 6 mètres de haut, représentant
le Grand Oncle de la nation comme un cavalier du désert, comme un paysan
moissonnant le blé ou comme un ouvrier portant des sacs de ciment, à
avoir la télévision nationale, la radio, le cinéma et la
presse consacrés à célébrer chacune de ses paroles
et chacune de ses actions. L'ego peut-il expliquer à lui seul un tel
étalage? Cela ne serait-il pas être l'inverse? Quelle incommensurable
insécurité, quel dégoût de soi pourraient-ils entraîner
une telle compensation.
L'échelle même des actes du tyran dépasse la psychanalyse.
Ce qui commence avec l'ego et l'ambition devient un mouvement politique. Saddam
est d'abord l'incarnation du parti puis de la nation. D'autres conspirent durant
ce processus pour accomplir leurs propres ambitions, altruistes comme égoïstes.
Puis le tyran se retourne contre eux. Ce culte de soi devient plus qu'une stratégie
politique. La répétition de son image dans des poses héroïques
et paternelles, la répétition de son nom, de ses slogans, de ses
qualités et de ses réalisations, font paraître son pouvoir
comme inévitable, comme ne pouvant être combattu. Finalement, il
est célébré non par affection ou admiration mais par obligation.
Chacun doit le glorifier.
Saad al-Bazzaz fut convoqué pour rencontrer Saddam en 1989. Il était
le rédacteur en chef du plus important quotidien de Bagdad et directeur
du ministère contrôlant toute la programmation de la télévision
et de la radio irakienne. Al-Bazzaz reçu l'appel téléphonique
dans son bureau. "Le Président veut vous demander quelque chose"
dit le secrétaire de Saddam.
Al-Bazzaz n'en fut pas frappé. C'est un petit homme, rond, loquace, perdant
ses cheveux et portant de grosses lunettes. Il connaissait Saddam depuis des
années, et il avait toujours été bien considéré.
La première fois où Saddam avait demandé à le rencontrer
avait eu lieu plus de 15 ans auparavant, quand Saddam était vice-président
du Conseil du Commandement Révolutionnaire. Le Parti Baas causait une
excitation majeure et Saddam en était l'étoile montante. En ce
temps là, al-Bazzaz avait 25 ans, il était un écrivain
qui venait juste de publier son premier volume de nouvelles et il avait aussi
publié des articles dans des journaux de Bagdad. La première convocation
de Saddam avait été une surprise. Pourquoi le vice-président
voudrait-il le rencontrer? Al-Bazzaz avait une mauvaise opinion des politiques,
mais dès qu'ils se rencontrèrent celui-ci lui paru différent.
Saddam dit à al-Bazzaz qu'il avait lu certains de ses articles et qu'ils
l'avaient impressionné. Il dit qu'il avait entendu parler de son livre
de nouvelles comme étant très bon. Le jeune écrivain fut
flatté. Saddam lui demanda quels écrivains il admirait, et, après
l'avoir écouté, il lui dit "Quand j'étais en prison,
j'ai lu tous les romans d'Hemingway. J'aime particulièrement Le Vieil
Homme et la Mer." Al-Bazzaz pensa: Voici quelque chose de neuf pour l'Irak,
un politicien qui lit de la vraie littérature. Saddam lui posa plein
de questions durant cette rencontre, et il écouta avec une attention
soutenue. Cela aussi sembla extraordinaire à al-Bazzaz.
En 1989 beaucoup de changements avaient eu lieu. Le régime de Saddam
avait depuis longtemps abandonné les objectifs premiers, idéalistes
du parti, et al-Bazzaz ne considérait plus le dictateur comme un homme
à l'esprit ouvert, érudit et raffiné. Mais il avait prospéré
sous le règne de Saddam. Ses responsabilités de gouvernement de
plus en plus importantes ne lui laissaient pas le temps d'écrire, mais
il était devenu un homme important en Irak. Il se voyait comme quelqu'un
défendant la cause des artistes et des journalistes, comme une force
de libéralisation dans le pays. Depuis la fin de la guerre avec l'Iran
l'année précédente, on parlait de relâcher les contrôles
sur les médias et les arts en Irak, et al-Bazzaz avait milité
pour cela, mais sans trop pousser, aussi n'avait-il aucun souci en conduisant
sur les quelques kilomètres entre son bureau et le quartier Tashreeya
de Bagdad, près de l'ancien immeuble du cabinet, où un émissaire
du Président le rencontra et lui ordonna de quitter sa voiture. L'émissaire
conduisit al-Bazzaz en silence jusqu'à une grande villa proche de là.
A l'intérieur des gardes le fouillèrent et lui dirent de s'asseoir
sur le sofa où il attendit une demi-heure alors que des gens entraient
et sortaient du bureau du Président. Quand ce fut son tour, on lui donna
une feuille et un crayon, on lui rappela de ne parler que si Saddam lui adressait
une question directe et il fut introduit. Il était midi. Saddam portait
un uniforme militaire. Assis derrière son bureau, Saddam ne s'approcha
pas d'al-Bazzaz et ne proposa même pas de lui serrer la main.
"Comment allez-vous?" demanda le Président.
"Bien," répondit al-Bazzaz. "Je suis là pour recevoir
vos ordres."
Saddam se plaignit d'une comédie égyptienne diffusée par
l'une des chaînes de télévision: "C'est stupide et
nous ne devrions pas la montrer à notre peuple." Al-Bazzaz prit
note. Puis Saddam aborda un autre sujet. Il était courant de ce que des
poèmes et des chansons écrites à sa gloire étaient
diffusés quotidiennement à la télévision. Ces dernières
semaines, al-Bazzaz avait demandé à ses producteurs d'être
plus sélectifs. La plupart des uvres étaient des vers de
mirliton amateurs ou ridicules écrits par des poètes sans talent.
Ses collaborateurs avaient été heureux d'obéir. Des louanges
au Président étaient toujours diffusées chaque jour, mais
plus autant depuis qu'al-Bazzaz avait changé de politique.
"Je comprends," dit Saddam "que vous ne permettez pas que certaines
des chansons qui portent mon nom soient diffusées."
Al-Bazzaz fut stupéfait, puis soudain effrayé. "M. Le Président,"
dit-il "nous diffusons toujours les chansons mais j'ai arrêté
certaines d'entre elles parce qu'elles étaient si mal écrites.
Elles ne valaient rien."
Saddam l'interrompit de manière abrupte, sévère, "Vous
n'êtes pas un juge, Saad."
"C'est vrai. Je ne suis pas un juge."
"Comment pouvez-vous empêcher les gens d'exprimer leurs sentiments
envers moi?"
Al-Bazzaz eut peur d'être arrêté sur le champ et fusillé.
Il sentit le sang se retirer de son visage, son cur battit à tout
rompre. Le rédacteur ne dit rien. Le crayon trembla dans sa main. Saddam
n'avait même pas élevé la voix.
"Non, non, non. Vous n'êtes pas un juge en cette matière"
répéta Saddam.
Al-Bazzaz répétait sans arrêt, "Oui, Monsieur le Président,"
et frénétiquement écrivait chaque mot prononcé par
le Président. Saddam parla ensuite du mouvement pour plus de libertés
pour la presse et les arts. "Il n'y aura aucun relâchement des contrôles"
dit-il.
" Oui, Monsieur le Président."
"OK, bien. Tout est clair maintenant pour vous?"
" Oui, Monsieur le Président."
Sur ce, Saddam renvoya al-Bazzaz. Le rédacteur avait la chemise et la
veste trempées de sueur. Il fut reconduit à l'immeuble du cabinet,
puis conduisit pour retourner à son bureau où il abrogea immédiatement
sa politique précédente. Le même soit l'émission
complète de poèmes et de chants consacrés à Saddam
recommença.
3. Hadafuh (Son But)
"Tu es la fontaine de volonté, et le printemps de la vie, l'essence
de la terre, le sabre de la destinée, la pupille de l'il et le
clignement de la paupière. Quelqu'un comme toi ne peut qu'être,
avec l'aide de Dieu. Aussi sois ce que tu es et comme nous sommes déterminés
à être. Laisse tous les lâches, les malpropres, les traîtres,
et les délateurs s'avilir."
-- Saddam Hussein, s'adressant au peuple irakien, le 17 juillet, 2001
L'Irak est un pays de l'antiquité. Il est appelé le Pays des Deux
Fleuves (Le Tigre et l'Euphrate); le pays des rois de Sumer, la Mésopotamie
et Babylone; l'un des berceaux de la civilisation. Marcher dans les rues de
Bagdad donne un sentiment de continuité avec le passé lointain,
d'unité avec le grand courant de l'histoire. Rénover et entretenir
les vieux palais est un projet perpétuel dans cette ville. Par décret,
une brique sur dix posées en rénovation d'un palais ancien est
maintenant estampillée soit du nom de Saddam Hussein soit d'une étoile
à huit branches (une branche par lette de son nom en Arabe).
In 1987 Entifadh Qanbar fut affecté au travail de restauration du Palais
de Bagdad, appelé autrefois al-Zuhoor, ou le Palais des Fleurs. Construit
dans les années 1930 pour le roi Ghazi, il est relativement petit et
très joli; de style anglais, il comportait un complexe labyrinthe de
verdure. Qanbar a une formation d'ingénieur, c'est un homme petit, en
pleine forme, aux cheveux noirs et à la peau olivâtre. Après
avoir obtenu son diplôme il fit son service militaire obligatoire, qui
dura 5 ans, et survécut à son passage obligé sur le front
dans la guerre contre l'Iran.
Le travail sur ce palais avait été abandonné depuis quelques
années, quand le consultant britannique sur le projet avait refusé
de venir à Bagdad à cause de la guerre. L'une des premières
tâches de Qanbar fut de superviser la construction d'un haut mur de brique
très décoré entourant le terrain du palais. Qanbar est
un perfectionniste, et comme le mur devait être aussi décoratif
que fonctionnel, il prit soin du placement de chaque brique. Un portail élaboré
avait déjà été construit face à la route
principale, mais Qanbar n'avait pas encore construit les portions du mur de
chaque côté de celui-ci, car la rénovation du palais lui-même
n'était pas terminée et de cette manière les équipements
lourds qui devaient entrer et sortir de la propriété pouvaient
passer sans danger pour le portail.
Une après-midi vers 5 heures, alors qu'il se préparait à
fermer le chantier pour la journée, Qanbar vit une Mercedes noire aux
vitres voilées de rideaux et aux pneus fabriqués spécialement
s'arrêter sur le site. Il sut immédiatement qui c'était.
Les Irakiens ordinaires n'ont pas le droit de conduire de telles voitures. Des
voitures de ce type étaient conduites exclusivement par al Himaya, les
gardes du corps de Saddam.
La porte s'ouvrit et plusieurs gardes s'approchèrent. Ils portaient tous
des uniformes vert foncé, des bérets noirs et des bottes à
fermeture éclair de cuir rouge brun. Ils avaient de grosses moustaches
comme Saddam et portaient des Kalashnikovs. À Qanbar apeuré ils
semblaient être des robots dépourvus de sentiments humains.
Les gardes du corps venaient souvent en visite sur le chantier, pour observer
ou causer des ennuis. Une fois, après une coulée de béton
et son lissage, certains sautèrent sur la structure avec leurs bottes
rouges pour s'assurer qu'aucune bombe, aucun appareil d'écoute n'y était
caché. Une autre fois, un ouvrier ouvrit un paquet de cigarettes et l'enveloppe
en papier métallisé tomba sur le béton qui venait juste
d'être coulé. Un garde aperçut l'éclat métallique
du papier et réagit comme si quelqu'un venait de lancer une grenade.
Plusieurs gardes sautèrent sur la coulée de béton et ramassèrent
le bout de papier. Furieux de voir de quoi il s'agissait, et de s'être
rendus ridicules, ils entraînèrent l'ouvrier et le battirent avec
leurs armes. "J'ai travaillé toute ma vie" cria-t-il. Ils l'emmenèrent
et il ne revint pas. Aussi, l'arrivée soudaine de la Mercedes noire était
effrayante.
"Qui est l'ingénieur en charge?" demanda le chef des gardes.
Il parlait avec l'accent rauque de Tikrit qui était aussi celui de son
chef. Qanbar se leva et s'identifia. L'un des gardes écrivit son nom.
C'était quelque chose de terrifiant d'avoir son nom enregistré
par al Himaya. Dans un pays dirigé par la peur, le meilleur moyen de
survivre est de se faire remarquer le moins possible. Être invisible.
Même le succès peut être dangereux, parce que cela attire
l'attention sur vous. Cela rend les gens jaloux et suspicieux. Cela vous crée
des ennemis qui, si l'opportunité se présente, porteront l'attention
de la police sur votre nom. Avoir son nom sur une liste d'État autre
que parfaitement conventionnelle, école, permis de conduire, service
militaire, est dangereux. Les actions de l'État sont totalement imprévisibles
et elles peuvent briser votre carrière, votre liberté, votre vie.
Le coeur de Qanbar se serra et sa bouche devint sèche.
"Le grand Oncle passait juste par là" dit le chef des gardes.
"Et il a demandé pourquoi le portail est installé alors que
les murs de chaque côté ne sont pas encore construits?"
Qanbar expliqua nerveusement que les murs étaient spéciaux, ornementaux,
et que son équipe les réservait pour la fin à cause des
équipements lourds qui allaient et venaient. "Nous voulons une construction
propre" ajouta-t-il.
"Le grand Oncle repassera par là ce soir" dit le garde. "Quand
il repassera, il veut que tout soit terminé"!
Qanbar fut abasourdi. "Comment faire cela?" protesta-t-il.
"Je ne sais pas" dit le garde. "Mais si ce n'est pas fait vous
aurez des ennuis." Puis il ajouta quelque chose qui révéla
combien grave était le danger. "Et si ce n'est pas fait vous aurez
des ennuis. Comment pouvons-nous vous aider?".
Il n'y avait rien d'autre à faire que d'essayer. Qanbar envoya les hommes
de Saddam pour ramener tous les membres de son équipe aussi vite que
possible, tous ceux qui étaient de repos ou étaient déjà
rentré chez eux. Deux cents ouvriers furent rapidement rassemblés.
Ils installèrent des projecteurs. Certains gardes revinrent avec des
camions sur lesquels des mitrailleuses étaient montées. Ils se
garèrent près du chantier, installèrent des chaises et
surveillèrent le chantier, exigeant une plus grande rapidité des
ouvriers mixant le mortier ou alignant les murs de briques.
L'équipe termina le travail à 21H30. Ils avaient réalisé
en 4 heures un travail qui aurait demandé en temps normal une semaine.
La peur les avait amenés à travailler plus dur et plus vite qu'ils
le croyaient possible. Qanbar et ses hommes étaient épuisés.
Une heure plus tard ils étaient encore en train de nettoyer le site quand
ma Mercedes noire arriva à nouveau. Le chef des gardes sortit. "L'oncle
vient juste de passer et il vous remercie" dit-il.
Les murs définissent le monde du tyran. Ils maintiennent les ennemis
à l'extérieur, mais ils l'isolent aussi des gens sur lesquels
il règne. Avec le temps il ne peut même plus voir au delà.
Il perd le contact avec la réalité et ce qui est irréel,
avec ce qui est possible et ce qui est impossible, ou, comme dans le cas de
Qanbar et du mur, ce qui est à peine possible. Ce qu'il pense de ce que
son pouvoir peut accomplir ou de sa propre importance, se tourne en fantasme.
Chaque fois que Saddam a échappé à la mort, quand il a
survécu avec une simple blessure à la jambe une tentative d'assassinat
en 1959 du Président irakien Abd al-Karim Qasim; quand il a évité
la peine de mort en 1964 pour sa participation à la révolte ratée
du parti Baas; quand il survécut à son encerclement derrière
les lignes iraniennes dans la guerre Iran Irak; quand il survécut plusieurs
tentatives de coups d'état; quand il survécut à la campagne
américaine de bombardement de Bagdad par des bombes intelligentes en
1991; quand il survécut à la révolte nationale après
la guerre du Golfe, tout cela a renforcé sa conviction que son chemin
est divinement inspiré et que la grandeur est sa destinée. Parce
que sa vision est essentiellement tribale et patriarcale, la destinée
signifie hérédité. Aussi il a ordonné à des
généalogistes de lui bâtir un arbre généalogique
plausible qui le ferait descendre de Fatima, la fille du prophète Mahomet.
(Cette ascendance est un honneur qu'il partage avec peut-être tous ceux
qu'il hait en Occident. Voir pour cela "Le Nous Royal" de Steve Olson).
Saddam voit moins le prophète comme le porteur de la révélation
divine que comme un précurseur politique, un grand leader qui unifia
les peuples arabes et inspira un pouvoir et une culture arabes florissants.
Le lien du sang inventé remontant à Mahomet est symbolisé
par un exemplaire manuscrit du Coran de 600 pages, écrit avec le sang
même de Saddam, qui a donné pour cela de son sang pendant trois
ans. Il est maintenant exposé au Musée de Bagdad. Il est convaincu
qu'elle se lèvera à nouveau et ébranlera le monde.
Si Saddam a une religion, c'est la croyance en la supériorité
de l'histoire et de la culture arabe, une tradition dont il est convaincu qu'elle
grandira à nouveau et secouera le monde. Sa vue impériale de la
grandeur de l'Arabie antique est romantique, pleine de visions fantaisistes
de grands palais et de sultans et califes sages et puissants. Sa conception
de l'histoire n'a rien à voir avec le progrès, avec le développement
du savoir, avec l'évolution des droits et libertés de l'individu,
avec une quelconque des choses qui comptent le plus pour la civilisation occidentale.
Elle n'a à voir qu'avec le pouvoir tout simplement. Pour Saddam, la domination
globale actuelle de l'Occident, en particulier celle des Etats-Unis, n'est qu'une
phase passagère. L'Amérique est infidèle et inférieure.
Elle n'a pas le riche et ancien héritage de l'Irak et des autres pays
arabes. Sa place au sommet des puissances mondiales n'est qu'une bizarrerie
de l'histoire, une aberration, une conséquence de l'avancée technologique
qu'elle a acquise. Cela ne durera pas.
Dans un discours prononcé le 17 janvier dernier, jour du 11e anniversaire
du début de la Guerre du Golfe, Saddam a expliqué "Les Américains
n'ont pas encore établi une civilisation, au sens complet et profond
que nous donnons à ce mot. Ce qu'ils ont créé c'est une
métropole de la force
Certaines personnes, incluant peut-être
des Arabes, plus de musulmans et de nombreux autres de par le monde,
considèrent l'ascension des USA au sommet comme la dernière scène
de l'image du monde, après quoi il n'y aura plus de sommet et personne
ne cherchera à l'occuper. Ils considèrent cela comme la fin du
monde tel qu'ils l'espéraient ou comme les âmes effrayées
le leur suggéraient."

L'Arabie, que Saddam voit comme la source même de la civilisation, reconquerra
un jour le sommet. Quand ce jour viendra, que ce soit de son vivant ou dans
un siècle ou même dans 500 ans, son nom sera au même niveau
que ceux des grands hommes de l'histoire. Saddam se voit comme un membre éminent
du panthéon des grands hommes, conquérants, prophètes,
rois et présidents, savants, poètes, scientifiques. Sa non-compréhension
de leurs apports ni leurs idées n'a aucune importance. Seul importe qu'ils
soient ceux que l'histoire a retenus et honorés pour leurs réalisations.
Dans un livre intitulé Le faiseur de bombe de Saddam (publié en
2000), Khidir Hamza, le savant nucléaire se rappelle sa première
rencontre avec Saddam, alors que le futur dictateur n'était nominalement
que vice-président. Un nouveau gros ordinateur venait juste d'être
installé dans le laboratoire de Hamza et Saddam est arrivé en
trombe pour le voir. Il ne fut guère intéressé par l'ordinateur,
mais son attention fut attirée par une série d'images que Hamza
avait punaisées au mur, chacune représentant un savant célèbre,
de Copernic à Einstein. Les images avaient été découpées
dans des magazines.
"Qui sont-ils?" demanda Saddam.
"Les grands savants de l'histoire, Monsieur le Président" lui
dit Hamza.
Alors, comme s'en souvient Hamza, Saddam se mit en colère. "Ceci
est une insulte! Tous ces grands hommes, ces grands savants! vous n'avez même
pas assez de respect pour eux pour encadrer leurs portraits? Ne pouvez-vous
les honorer mieux que cela?"
Pour Hamza cette explosion était irrationnelle, sa colère était
totalement hors de proportion. Hamza interpréta cela comme un test que
lui faisait subir Saddam, pour le remettre à sa place. Mais Saddam semblait
personnellement offensé. Pour comprendre sa scène on doit comprendre
la relation qu'il ressent envers mes grands hommes de l'histoire, avec l'histoire
elle-même. Le manque de respect pour l'image de Copernic pouvait suggérer
un manque de respect envers Saddam lui-même.
En quoi Saddam se considère-t-il comme un grand homme? Saad al-Bazzaz,
qui se réfugia en Occident en 1992, a longuement réfléchi
à cela alors qu'il était rédacteur en chef d'un journal
et producteur de télévision à Bagdad, et dans les années
depuis son exil, comme rédacteur d'un journal arabe à Londres.
"Il me faut un papier et un crayon" me dit-il récemment dans
le hall de l'hôtel Claridge. Il lissa la feuille de papier sur la table
du café et testa le crayon. Puis il traça un trait vertical au
milieu de la page. "Vous devez comprendre, le comportement quotidien n'est
que le résultat de la mentalité "expliqua-t-il. "La
plupart des gens diront que le principal conflit en Irak est celui entre Sunnites
et Chiites. Mais le vrai fossé n'a rien à voir avec la religion.
Il se trouve entre la mentalité des villageois et celle des villes".
"Voilà un village" Sur le côté droit de la page
el-Bazzaz écrivit un V et traça en dessous une série de
petits carrés séparés. "Voilà les maisons ou
les tentes", dit-il. "Notez qu'il y a des espaces entre elles. C'est
parce que dans les villages chaque famille a sa propre maison, et chaque maison
est séparée, parfois par des kilomètres, de ses voisines.
Il n'y a pas de forces de l'ordre ni de société civile. Chaque
famille a peur des autres et toutes ont peur des étrangers. C'est cela
la mentalité tribale. La seule loyauté qu'ils connaissent est
celle envers leur famille, leur village. Chaque famille est dirigée par
un patriarche et les villages sont dirigés par le plus fort d'entre eux.
La loyauté envers la tribu vient en premier. Il n'y a pas de valeur au-delà
du pouvoir. Il est permis de mentir, tricher, même tuer, et c'est OK tant
que vous êtes le fils loyal du village ou de la tribu. La politique pour
ces gens-là est un jeu sanglant, et elle n'est concernée que par
la prise du pouvoir ou son maintien."
Al-Bazzaz écrivit le mot "ville" sur la partie gauche de la
page. En dessous il traça une ligne de carrés contigus. En dessous
il en dessina une autre, puis une autre encore. Dans la ville les vieux liens
tribaux sont abandonnés. Tous vivent à proximité les uns
des autres. L'état joue un grand rôle dans la vie de tous. Ils
ont des emplois, achètent leur nourriture, leurs vêtements dans
des magasins. Il y a des lois, la police, des tribunaux, des écoles.
Les gens en ville perdent la peur de l'autre et s'intéressent à
ce qui leur est étranger. La vie en ville dépend de la coopération,
de réseaux sociaux sophistiqués. L'intérêt réciproque
définit la politique publique. Rien ne peut être accompli sans
la coopération avec d'autres, aussi la politique dans la ville devient
l'art du compromis et le partenariat. Le but le plus élevé de
la politique devient la coopération, la communauté, et le maintien
de la paix. Par définition la politique en ville devient non-violente.
Le fondement de la politique en ville n'est pas le sang, c'est la loi."
Selon al-Bazzaz Saddam est l'incarnation de la mentalité tribale. "Il
est le patriarche irakien le plus accompli, le chef de village qui s'est emparé
d'une nation" explique-t-il.
"D'être venu de si loin lui donne le sentiment d'avoir été
sacré par la destinée. Tout ce qu'il fait est, par définition,
la chose exacte à faire. Il a été choisi par le Ciel pour
commander. Souvent dans sa vie, il a été sauvé par Dieu,
et chaque sauvetage lui donne l'assurance de sa destinée. Ces dernières
années, dans ses discours, il a commencé à utiliser des
passages et des phrases sorties du Coran, et à s'en approprier les mots
comme s'ils étaient les siens. Allah dit "si vous me remerciez,
je vous donnerai plus". Au début des années 90, Saddam à
la TV, en décernant des récompenses à des officiers, déclara
"si vous me remerciez, je vous donnerai plus". Il ne pense plus qu'il
est une personne normale. Le dialogue avec lui en devient impossible. Il ne
peut comprendre pourquoi les journalistes pourraient se permettre de le critiquer.
Critique-t-on le père de la tribu? c'est impossible à accepter
dans son mode de pensée. Pour lui, la force est tout. Permettre les critiques
ou les divergences d'opinion, négocier ou accepter les compromis, adhérer
à la règle de la loi ou aux voies légales, ce sont des
signes de faiblesse."
Saddam n'est pas le sel à admirer la série de films sur "Le
Parrain". Pour lui, ce sont des films à aimer d'évidence
(ce furent aussi les films favoris du caïd colombien de la cocaïne
Pablo Escobar). En surface c'est un conte classique sur le patriarcat. Don Vito
Corleone construit son empire du crime à partir de rien, motivé
avant tout par son amour pour sa famille. Il constate que le monde qui l'entoure
est vicieux et corrompu, aussi il en surpasse la cruauté et il fait sa
proie de ses vices, créant un refuge apparent de santé et de sécurité
pour lui et ses proches.
On est attiré par son implication obstinée, son intelligence subtile,
sa loyauté sans bornes envers un code d'honneur ancien dans un monde
changeant, même si ce code semble impitoyable selon les standards d'aujourd'hui.
Le Parrain souffre beaucoup mais meurt heureux dans le jardin de son petit-fils,
un homme dont on peut dire qu'il a réussi. Le sens profond de ces films
échappe à Saddam. La saga du Parrain est plus l'histoire de Michael
Corleone que celle de son père, et la morale du film n'est pas heureuse.
La loyauté obsessionnelle de Michael envers son père et sa famille,
envers le code d'honneur ancien, conduit à la destruction des choses
qu'elle est destinée à protéger. A la fin la famille de
Michael est déchirée par la tragédie et la haine. Il ordonne
l'assassinat de son frère, choisissant la loyauté envers le code
plutôt que la loyauté envers la famille. Michel devient un personnage
tragique, isolé et non aimé, piégé par son propre
pouvoir. Il ressemble beaucoup à Saddam.
Dans l'autre film préféré de Saddam, Le vieil homme et
la mer, le vieil homme, joué par Spencer Tracy, attrape un grand poisson
et se bat seul dans son skiff pour le remarquer jusqu'au port. Il est facile
de comprendre pourquoi Saddam est ému par l'image du pécheur solitaire,
au milieu de l'océan, se battant pour ramener au port le poisson impossible.
"Je lui montrerai ce qu'un homme peut faire, ce à quoi un homme
résiste" dit le vieil homme. A la fin il réussit, mais le
poisson est trop grand pour le petit bateau, et il est dévoré
par les requins avant que le trophée ne puisse être exposé.
Le vieil homme rentre dans sa hutte, les mains tailladées et ensanglantées,
épuisé, mais heureux de savoir qu'il a été le plus
fort. Il est facile à Saddam de s'identifier au vieil homme.
Ou est-ce au poisson? Dans le film il saute hors de l'eau comme dans un fantasme,
une chose splendide, sauvage, magnifique par sa taille et sa force. Il est pris
à l'hameçon mais refuse son sort. "Je n'ai jamais en un poisson
aussi fort, qui se soit conduit de manière aussi bizarre" dit le
vieil homme. Plus tard il dit "Il n'y a aucune panique dans son combat."
Saddam croit qu'il est un grand leader naturel, du genre de ceux que son monde
n'a pas vu en treize siècles. Peut-être qu'il échouera dans
la lutte de son vivant, mais il est convaincu que son courage et sa vision allumeront
une légende qui brûlera de façon éclatante dans le
monde du futur qui sera centré sur l'Arabie.
Même si Saddam est lyrique sur l'histoire arabe, il reconnaît la
supériorité évidente de l'Occident en deux domaines. Le
premier est celui de la technologie militaire, d'où ses efforts incessants
d'importer le matériel militaire le plus avancé et pour développer
des armes de destruction massive. Le second est celui de l'art de la prise du
pouvoir et de son maintien. Il s'est mis à étudier l'un des leaders
parmi les plus tyranniques et les plus sanglants de l'histoire: Joseph Staline.
La biographie de Saddam Hussein écrite par Saïd Aburish, La Politique
de Revanche (2000), raconte une réunion en 1979 entre Saddam et l'homme
politique kurde Mahmoud Othman. Elle s'est tenue tôt le matin, et Saddam
reçu Othman dans un petit bureau dans un de ses palais. Othman avait
l'impression que Saddam avait dormi dans ce bureau la nuit précédente.
Il y avait un lit pliant dans un coin et Saddam le reçut en peignoir.
Othman se souvient que près du lit il y avait "plus de douze paires
de chaussures chères. Et le reste du bureau n'était qu'une petite
bibliothèque de livres sur un seul homme, Staline. On pouvait dire qu'il
couchait avec le dictateur russe."
Dans les villages irakiens le patriarche n'a qu'un but: défendre le pouvoir
de sa famille. C'est la seule chose de valeur dans le vaste monde déloyal.
Quand Saddam prit tout le pouvoir, quelques intellectuels irakiens ont espéré
en lui. Ils ont d'abord accepté sa tyrannie comme inévitable,
peut-être même comme un pont nécessaire vers un gouvernement
plus consensuel, et crurent, comme beaucoup l'ont fait à l'Ouest, que
son horizon était essentiellement moderne. En cela, ils furent graduellement
déçus.
En septembre 1979 Saddam prit part à la conférence des pays non-alignés
à Cuba, où il se prit d'amitié pour Fidel Castro, qui l'alimente
toujours en cigares. Saddam vint à la réunion avec Salah Omar
al-Ali, qui était alors l'ambassadeur irakien aux Nations Unies, un poste
qu'il avait accepté après une longue période de vie à
l'étranger comme ambassadeur. Ensemble Saddam et al-Ali rencontrèrent
le nouveau ministre des affaires étrangères de l'Iran. Quatre
ans auparavant, Saddam avait fait une surprenante concession au Shah sur le
point d'être déposé, signant un accord sur la navigation
dans le Shatt-al-Arab, un détroit de 90km formé par le confluent
entre le Tigre et l'Euphrate à leur estuaire dans le Golfe Persique.
Les deux pays clamaient leur souveraineté sur ce détroit. En 1979,
le Shah parcourant le monde à la recherche d'un traitement contre son
cancer, et le pouvoir aux mains de l'Ayatollah Khomeïni (que Saddam avait
chassé sans cérémonie d'Irak l'année précédente),
les relations entre les deux pays étaient de nouveau tendues, et les
eaux du Shatt-al-Arab représentaient un point potentiel d'explosion.
Les deux pays clamaient toujours la possession de deux petites îles dans
le détroit alors contrôlées par l'Iran.
Al-Ali fut surpris par le ton des discussions à Cuba. Les représentants
iraniens furent particulièrement plaisants, et Saddam semblait d'excellente
humeur. Après la réunion al-Ali se promenait avec Saddam dans
un jardin hors des murs de la salle de conférence. Ils s'assirent sur
un banc et Saddam alluma un gros cigare.
"Eh bien! Salah,, je vois que tu penses à quelque chose. Que penses-tu
de cela?" demanda Saddam.
"Je pense à la réunion que nous venons d'avoir, Monsieur
le Président, et j'en suis très heureux. Je suis très heureux
que ces petits problèmes puissent être résolus. Je suis
tellement heureux qu'ils aient saisi cette chance de vous rencontrer et pas
un de vos ministres, parce qu'avec vous ici nous pouvons éviter un autre
problème avec eux. Nous sommes voisins. Nous sommes des peuples pauvres.
Nous n'avons pas besoin d'une autre guerre. Nous devons reconstruire nos pays,
par les détruire."
Saddam resta silencieux pendant un moment, tirant sur son cigare de manière
pensive. "Salah, depuis combien de temps as-tu été diplomate?"
demanda-t-il.
"Environ dix ans".
"Réalises-tu, Salah, combien les choses ont changé?"
"Comment Monsieur le Président?"
Comment devons-nous résoudre notre problème avec l'Iran? Ils ont
pris notre terre. Ils contrôlent le Shatt-al-Arab, notre grande rivière.
Comment des réunions et des discussions peuvent-elles résoudre
un tel problème? Savez-vous pourquoi ils ont décidé de
nous rencontrer ici, Salah? ils sont faibles, c'est pourquoi ils nous parlent.
S'ils étaient forts ils n'auraient pas besoin de parler. Aussi cela nous
donne une chance, une opportunité qui n'arrive qu'une fois par siècle.
Nous avons l'opportunité de reprendre notre territoire et de regagner
le contrôle de notre rivière."
C'est alors qu'al-Ali réalisa que Saddam avait juste joué avec
les Iraniens, et que l'Irak allait faire la guerre. Saddam n'avait aucun intérêt
pour la diplomatie. Pour lui, être un homme d'état n'était
qu'un jeu dont l'objectif était de tromper ses ennemis. Quelqu'un comme
al-Ali n'était là que pour sauver les apparences, pour évaluer
la situation, pour trouver des ouvertures et pour endormir les adversaires dans
un sentiment de sécurité erroné. Moins d'un an plus tard
la guerre Iran Irak commença.
Elle se termina dans l'horreur, huit ans plus tard, après des centaines
de milliers d'Iraniens et d'Irakiens tués. Chaque visiteur à Bagdad
dans l'année qui suivit la fin de la guerre avait l'impression qu'un
homme sur deux dans la rue avait perdu un membre. Le pays était dévasté.
La guerre avait coûté à l'Irak des milliards de dollars.
Saddam proclamait qu'il avait regagné le contrôle du Shatt-al-Arab.
Malgré des pertes énormes il était presque saoul de sa
victoire. En 1987 son armée, grossie par le service militaire obligatoire
et les armes occidentales modernes, était devenue la quatrième
armée au monde. Il avait un arsenal de missiles SCUD, un programme sophistiqué
d'armement nucléaire était en cours et des armes chimiques et
biologiques de destruction massive étaient en cours de développement.
Il planifia immédiatement la conquête.
L'invasion du Koweït par Saddam, en août 1990, fut l'une des plus
grandes erreurs militaires de l'histoire moderne. Ce fut le résultat
de la grandiloquence. Enhardi par sa "victoire" sur l'Iran, Saddam
avait commencé à planifier une autre entreprise improbable. Il
annonça qu'il allait construire un métro de classe mondiale pour
Bagdad, un projet devant coûter des milliards de dollars, puis il proclama
qu'il allait construire aussi un système de transport par rail pour l'ensemble
du pays selon l'état de l'art. Il n'y eut même pas pose de la première
pierre pour l'une ou l'autre de ces aventures. Saddam n'avait pas l'argent.
Ce qu'il avait, cependant, était une armée de plus d'un million
de soldats inoccupés, assez d'hommes pour facilement submerger l'état
voisin du Koweït, avec ses riches gisements de pétrole. Il joua
que le monde resterait indifférent, il perdit. Trois jours après
l'invasion par Saddam du petit royaume le Président George Bush annonça,
"Ceci ne sera pas" et il commença immédiatement à
assembler l'une des plus importante force militaire qu'on vit jamais dans cette
région.
Durant la fin de 1990 et le début de 1991, Ismail Hussain attendit dans
le désert du Koweït que les forces américaines contre-attaquent.
C'est un homme petit et râblé, un chanteur, musicien qui écrit
ses chansons. Pendant tout le temps où il dut porter un uniforme il sentit
qu'il n'appartenait pas à cela. Bien que plusieurs hommes dans son unité
aient été de bons soldats, aucun ne pensait qu'ils devaient être
au Koweït. Ils espéraient qu'ils n'auraient pas à combattre.
Chacun savait que les Etats-Unis avaient plus de soldats, plus d'approvisionnements,
de meilleures armes. Il était sûr que Saddam allait arriver à
un accord pour sauver la face, et ses troupes pourraient se retirer en pacifiquement.
Ils attendaient et espéraient que cela se produirait, et quand ils apprirent
qu'ils auraient à combattre, Hussain décida qu'il était
déjà mort Il n'y avait pas d'espoir: il prévoyait la mort
partout. Si vous alliez vers les lignes américaines, ils tireraient sur
vous. Si vous restiez à découvert, ils vous feraient sauter. Si
vous creusiez un trou et vous y enterriez, les bombes à haute pénétration
des Américains mélangeraient vos restes au sable. Si vous fuyiez
vos propres officiers vous tueraient, parce qu'ils seraient eux-mêmes
tués si leurs hommes s'enfuyaient. Si un homme était tué
alors qu'il s'enfuyait, son cercueil serait marqué du mot "jaban,",
ou couard. Sa mémoire serait salie et sa famille deviendrait des pariahs.
Il n'y aurait pas de pension versée à sa famille par l'état,
pas d'école secondaire pour ses enfants. "Jaban" était
la marque de la honte pour sa famille pour des générations. On
ne pouvait y échapper. Il y a des choses pires que rester avec ses amis
et attendre la mort. L'unité de Hussain servait un canon anti-aérien.
Il ne vit jamais le chasseur américain qui prit sa jambe.
Il était évident pour tout le monde dans l'armée irakienne,
du simple conscrit comme Hussain au plus grand général de Saddam,
qu'ils ne pourraient tenir contre une telle force. Cependant, Saddam, ne voyait
pas les choses ainsi. Al-Bazzaz se souvient en avoir été choqué.
"Nous avons eu une réunion particulièrement horrible le 14
janvier 1991, exactement deux jours avant l'offensive alliée", me
dit-il. "Saddam venait de rencontrer le secrétaire général
des Nations Unies qui était venu au dernier moment pour essayer de négocier
une solution pacifique. Ils discutèrent pendant plus de deux heures et
demi, si bien que le bruit courait qu'ils avaient trouvé une solution.
Au contraire, Saddam sortit précipitamment pour s'adresser à nous,
et il nous apparut clairement qu'il venait de perdre cette dernière opportunité.
Il nous dit. "Ne soyez pas effrayés. J'ai vu les portes de Jérusalem
ouvertes devant moi." J'ai pensé, qu'est-ce que cette merde? Bagdad
est sur le point d'être frappée par un terrible ouragan de feu
et il nous parle de ses visions de libération de la Palestine?"
Wafic Samarai était dans une situation particulièrement difficile.
Comment le chef de la sûreté d'un tyran qui ne veut pas entendre
la vérité peut-il s'acquitter de sa fonction? D'un côté,
s'il lui dit la vérité et que cela contrevient à son sens
de l'infaillibilité, il aura des ennuis. Mais Dun autre côté,
s'il ne lui dit que ce qu'il a envie d'entendre, le temps viendra inévitablement
où ses mensonges apparaîtront et il aura des ennuis.
Samarai était officier de carrière. Il avait conseillé
Saddam pendant la longue guerre avec l'Iran, et il l'avait vu développer
une compréhension sophistiquée de la terminologie militaire, la
stratégie, la tactique. Mais la vision de Saddam était embrumée
par sa forte propension à croire en ce qu'il souhaitait, la perte de
plus Dun général amateur.
Si Saddam voulait que quelque chose se produise, il croyait que sa volonté
pouvait le faire se produire. Si Saddam voulait que quelque chose arrive, il
croyait qu'il pouvait vouloir qu'elle arrive.
Samarai produisit un flux continu de rapports d'information alors que les Etats-Unis
et ses alliés assemblaient une armée de près Dun million
de soldats près du Koweït, avec une puissance aérienne bien
au-delà de tout ce que les Irakiens pouvaient mobiliser, avec de l'artillerie,
des tanks et autres véhicules blindés en avance de plusieurs décennies
sur l'arsenal de l'Irak. Les Américains ne cachaient pas ces armes. Ils
voulaient que Saddam comprenne exactement ce à quoi il allait être
confronté.
Mais Saddam refusa d'être intimidé. Il avait un plan, qu'il décrivit
à Samarai et ses autres généraux lors Dun meeting à
Basra des semaines avant que l'offensive américaine ne démarre.
Il proposa de capturer des soldats américains, les attacher sur les tanks
irakiens en les utilisant comme boucliers humains. "Les Américains
ne tireront jamais sur leurs propres soldats" dit-il triomphalement, comme
si de tels scrupules étaient une tare fatale. Il était clair qu'il
n'aurait lui pas de scrupules. Durant les combats promit-il, des milliers de
prisonniers ennemis seraient ainsi capturés dans ce but. Puis ses troupes
déferleraient sur l'Arabie Saoudite orientale sans opposition, forçant
les alliés à renoncer. C'était son plan en tout cas.
Samarai savait que ce n'était rien de plus qu'une hallucination. Comment
les Irakiens étaient-ils supposés capturer des milliers de soldats
américains? Personne ne pourrait s'approcher des positions américaines,
surtout pas en force, sans être découvert et tué. Même
si cela pouvait être fait, l'idée même d'utiliser des soldats
comme boucliers humains était répugnante, contre toutes les lois
et les accords internationaux. Qui savait comment les Américains réagiraient
à un tel acte? ils pourraient peut-être bombarder Bagdad avec une
arme nucléaire? Le plan de Saddam était stupide. Mais aucun des
généraux, y compris Samarai, ne dit un mot. Ils hochèrent
tous de la tête de manière obéissante et prirent des notes.
Mettre en question la grande stratégie du Grand Oncle aurait été
admettre avoir des doutes, de la crainte, de la lâcheté. Cela pouvait
aussi signifier la dégradation ou la mort.
Néanmoins, comme chef des renseignements, Samarai se senti obligé
de dire à Saddam la vérité. Tard dans l'après-midi
du 14 janvier, le général se rendit à un meeting dans le
bureau de Saddam au Palais de la République. Habillé Dun costume
noir bien coupé, le Président était assis derrière
son bureau. Samarai avala sa salive avec difficulté et donna son évaluation
très négative. Il serait très difficile de résister
à l'assaut qui se préparait. Aucun soldat ennemi n'avait été
capturé, et il était peu probable qu'aucun ne le serait. Il n'y
avait aucune défense contre le nombre et la variété des
armes rassemblées contre les troupes irakiennes. Saddam avait refusé
tout conseil militaire auparavant lui recommandant de retirer le gros de ses
troupes du Koweït et de les masser derrière la frontière
irakienne où elles pourraient être plus efficaces. Elles étaient
trop étalées dans le désert qu point que rien ne pourrait
empêcher les Américains d'avancer directement jusqu'à Bagdad.
Samarai avait exposé en détail les preuves soutenant sa position,
photographies, rapports d'information, nombres. Les Irakiens ne pouvaient espérer
mieux qu'une défaite rapide, et la menace que l'Iran ne prenne avantage
de sa faiblesse pour envahir par le nord.
Saddam écouta patiemment cette litanie de désastres annoncés.
"S'agit-il là de vos opinions personnelles ou de faits?" demanda-t-il.
Samarai avait présenté de nombreux faits dans son rapport, mais
il dut concéder que certaines des choses qu'il avait dites étaient
des conjectures basées sur ses connaissances.
"Voilà mon opinion" dit Saddam calmement, avec confiance, "L'Iran
n'interviendra jamais. Nos forces combattront mieux que vous ne le pensez. Ils
peuvent creuser des bunkers et soutenir les attaques aériennes américaines.
Ils lutteront longtemps, et il y aura beaucoup de morts et de blessés
de part et d'autre. Nous seuls sommes disposés à accepter les
victimes; les Américains ne le sont pas. Le peuple américain est
faible. Il n'acceptera pas la perte Dun nombre important de leurs soldats."
Samarai était effondré. Il sentait qu'il avait rempli son devoir.
Saddam ne pourrait se plaindre plus tard que l'officier en charge du renseignement
l'avait trompé. Les deux hommes restèrent assis en silence quelques
instants. Samarai pouvait sentir la menace américaine qui pesait sur
eux comme un grand poids sur ses épaules. Il n'y avait rien à
faire.
À la surprise de Samarai, Saddam ne semblait pas en colère après
lui alors qu'il venait de lui annoncer ces mauvaises nouvelles. En fait, il
appréciait que Samarai les lui ait données avec honnêteté.
"J'ai confiance en toi, et c'est ton opinion", dit-il. "Tu es
une personne de confiance, une personne honorable."
Les intenses attaques aériennes démarrèrent trois jours
plus tard. Cinq semaines après cela, le 24 février, l'offensive
terrestre commença et les troupes de Saddam se rendirent en masse ou
fuirent. Des milliers furent abattus en un lieu appelé le massif de Mutla
alors qu'ils essayaient de revenir en Irak; la plupart furent calcinés
dans leurs véhicules. L'Iran ne pénétra pas en Irak, mais
à part cela la guerre se déroula exactement comme Samarai l'avait
prédit.
Dans les jours qui suivirent la débâcle Samarai fut convoqué
pour une rencontre avec Saddam. Le Président travaillait dans un bureau
secret. Il se déplaçait de maison en maison dans les faubourgs
de Bagdad, réquisitionnant des maisons au hasard de manière à
éviter de dormir là où les bombes intelligentes américaines
pourraient le frapper. Néanmoins, Samarai le trouva n'ayant l'air aucunement
troublé, mais curieusement très renforcé par toute cette
excitation.
"Quelle est votre évaluation, Général?" demanda
Saddam.
"Je pense que c'est la plus grande défaite de l'histoire militaire"
répondit Samarai.
"Comment pouvez-vous dire cela?"
"c'est une plus grande défaite qu'à Khorramshahr (l'une des
pires défaites lors de la guerre avec l'Iran, avec des dizaines de milliers
de pertes irakiennes)."
Saddam d'abord ne dit rien. Samarai savait que le Président n'était
pas stupide. Il avait certainement vu comme tout le monde ses troupes se rendre
en masse, le massacre au massif de Mutla, la dévastation par mise en
miettes causée par la campagne de bombardement américaine. Mais
même si Saddam était d'accord avec l'évaluation du général,
il ne pouvait se résoudre à l'admettre. Dans le passé,
comme à Khorramshahr, les généraux pouvaient toujours être
rendus responsables de la défaite. Les militaires seraient accusés
de sabotage, trahison, incompétence ou lâcheté. Certains
seraient arrêtés et il y aurait des exécutions, après
quoi Saddam pourrait confortablement continuer à entretenir l'illusion
qu'il avait déraciné la cause de l'échec. Mais cette fois
les raisons de la défaite se trouvaient clairement en lui, et cela, bien
sûr, il ne l'admettrait jamais. "C'est votre opinion" dit-il
brièvement et il sen alla.
Défait militairement, Saddam il y a bien des années réagit
par des machinations et des rêves encore plus sauvages, exprimés
dans son jargon typique, lourd, confus, dont la rhétorique est quasi
messianique. "Sur ces bases, et en suivant le même concept central
et ses constantes authentiques, lié à la compatibilité
révolutionnaire requise et au renouvellement ininterrompu des styles,
pensées, concepts, potentiels et méthodes de traitement et de
comportement, le fier et loyal peuple irakien et ses vaillantes forces armées
vaincront comme résultat final de l'immortelle Mère de toutes
les Batailles", déclara-t-il. "Avec eux et à travers
eux, les bons Arabes vaincront. Leur victoire sera splendide, immortelle, immaculée,
et elle brillera sans qu'aucune interférence ne puisse lui faire ombrage.
Dans nos coeurs et nos âmes comme dans les coeurs et les âmes des
intelligentes et glorieuses femmes irakiennes et dans la haute spiritualité
des hommes irakiens, la victoire est une conviction absolue, selon la volonté
d'Allah. La cueillette de son fruit final, en accord avec sa description que
le monde entier désignera, est une affaire de temps dont les manières
et la dernière et finale heure sera déterminée par le Miséricordieux
Allah. Et Allah est le plus grand!"
Pour aider Allah, Saddam avait déjà lancé ses programmes
secrets de développement d'armes nucléaires, chimiques et biologiques.
4. Qaswah (Cruauté)
"L'inondation a atteint son sommet et après la destruction, la terreur,
le meurtre et le sacrilège pratiqués par l'entité sioniste
agressive, terroriste et criminelle, liée à son allié tyrannique,
les USA, ont été stoppés par nos frères et notre
loyal peuple luttant dans la Palestine pillée. Si le diable accomplit
ses objectifs ici, qu'à Dieu (Allah) ne garde, sa gloutonnerie augmentera
sans fin et affligera notre peuple ainsi que d'autres parties de notre vaste
patrie."
-- Saddam Hussein, dans un discours télévisé au peuple
irakien, le 15 décembre 2001
Au début des années 80, un fonctionnaire de niveau moyen travaillant
au Ministre de l'Habitation à Bagdad vit plusieurs de ses collègues
accusés par le régime de Saddam d'avoir accepté des pots
de vin. Les accusations, croit-il, étaient probablement vraies. "Il
y avait beaucoup de corruption à bas niveau dans notre service"
dit-il. Tous les accusés furent condamnés à mort.
"Tous les gens du service reçurent l'ordre d'assister à la
pendaison" dit l'ancien fonctionnaire, qui vit maintenant à Londres.
"Je décidai de ne pas y aller, mais mes amis eurent vent de mes
plans. Ils m'appelèrent, insistant pour que je change ma décision,
m'avertissant que mon refus provoquerait la suspicion envers moi." Aussi
alla-t-il. Lui et les autres de son bureau furent conduits dans la cour de la
prison, où ils virent leurs collègues et amis, avec qui ils avaient
travaillé pendant des années, dont les enfants avaient joué
avec leurs enfants, avec qui ils étaient allés à des fêtez,
des pique-nique, sortir avec des sacs enveloppant leur tête. Ils regardèrent
et écoutèrent les accusés implorer, pleurer et protester
de leur innocence de l'intérieur des sacs. Ils furent pendus un à
un. Le fonctionnaire décida alors de quitter l'Irak.
"Je ne pouvais plus vivre dans un pays où se passent de telles choses",
dit-il. "C'est mal d'accepter d'être corrompu, et ceux qui l'étaient
devaient être emprisonnés. Mais les pendre? Et ordonner à
leurs amis et collègues de venir regarder? Quiconque a été
témoin d'une telle cruauté ne peut volontairement rester et continuer
à travailler dans de telles conditions."
La cruauté est l'art du tyran. Il l'étudie et il l'adopte. Son
règne est basé sur la peur, mais la peur n'est pas suffisante
pour stopper tout le monde. Quelques hommes et femmes ont un grand courage.
Ils sont prêts à risque la mort pour s'opposer à lui. Mais
le tyran a ses moyens pour contrer même ceux-ci. Parmi ceux qui ne craignent
pas la mort il en est qui craignent la torture, la disgrâce, l'humiliation.
Et même ceux qui ne craignent pas ces choses peuvent craindre pour leurs
parents, frères, surs, épouses et enfants. Le tyran utilise
tous ces moyens. Il n'ordonne pas seulement des actes de cruauté, mais
aussi des spectacles cruels. C'est ainsi que Saddam fit pendre les 14 accusés
de sionisme en 1969 sur la place publique, et laissa les corps pendus en évidence.
Ainsi Saddam enregistra sur bandes vidéos la purge de la salle de conférence
de Bagdad et envoya des copies de ces bandes aux membres de son organisation
dans tout le pays.
Ainsi des grands leaders du parti furent obligés d'être témoins
et même de participer aux exécutions de leurs collègues.
Quand Saddam prit des mesures contre les clercs Shia, il exécuta non
seulement les mollahs mais également leurs familles. Souffrances, humiliations
et mort devinrent un théâtre public. Finalement, culpabilité
ou innocence importent peu, parce qu'il n'y a ni loi, ni valeur au-delà
de la volonté du tyran: il suffit qu'il veuille arrêter quelqu'un,
le torturer, l'éprouver et l'exécuter. Cette pratique ne sert
pas seulement d'avertissement, de punition ou de purge mais aussi à prévenir
ses sujets, ses ennemis et ses rivaux potentiels qu'il est fort. La compassion,
l'équité, le respect des voies légales sont des signes
d'indécision. Et être indécis c'est être faible. La
cruauté soutient la force.
Chez les Zoulous on dit que les tyrans sont "pleins de sang". Selon
une estimation, durant la troisième et la quatrième année
du règne formel de Saddam (1981 et 1982) plus de 3000 irakiens furent
exécutés. Les horreurs commises par Saddam durant les trente années
de son règne formel mériteront un jour un musée et des
archives. Mais, cachés parmi ses atrocités les plus horribles,
il y a quelques petits actes qui illustrent sa personnalité. Taher Yahya
était Premier Ministre d'Irak quand le parti Baas prit le pouvoir en
1968. On rapporte qu'en 1964, quand Saddam était en prison, Yahya avait
arrangé une réunion personnelle avec lui et avait essayé
de la forcer à se retourner contre les baasistes et à coopérer
avec le régime. Yahya avait été officier dans l'armée
pendant toute sa vie adulte, et il avait été une fois l'un des
membres éminents du parti Baas, l'un des supérieurs de Saddam.
Mais il avait encouru le mépris durable de Saddam. Après sa prise
de pouvoir, Saddam fit enfermer Yahya en prison, un homme éduqué
dont il n'aimait pas la sophistication. Sur ses ordres, Yahya reçu l'ordre
de pousser une brouette de cellule en cellule, collectant les seaux hygiéniques
des prisonniers. Il devait crier "Ordures! Ordures!" L'humiliation
de l'ancien Premier Ministre réjouissait Saddam jusqu'au jour où
Yahya mourut en prison. Il aime toujours raconter l'histoire, ricanant aux mots
"Ordures! Ordures!".
Dans un autre cas, le Général de Brigade Omar al-Hazzaa fut entendu
dire du mal du Grand Oncle en 1990. Il ne fut pas simplement condamné
à mort. Saddam ordonna qu'avant son exécution il eut la langue
coupée et, pour faire bonne mesure, il exécuta aussi le fils d'al-Hazzaa,
Farouk. Les maisons d'al-Hazzaa furent rasées et sa femme et ses enfants
laissés dans la rue.
Saddam est réaliste concernant les représailles brutales qui seront
déclenchées s'il venait à perdre son pouvoir. Dans leur
livre "Hors des cendres" (1999), Andrew et Patrick Cockburn parlent
d'une famille qui se plaignit à Saddam qu'un de leurs membres avait été
injustement exécuté. Il ne s'excusa pas et leur dit: "Ne
pensez pas que vous pourrez vous venger. Si jamais la chance vous en est donnée,
au moment où vous nous atteindrez il ne restera pas un brin de chair
sur nos corps." En d'autres termes, s'il devenait jamais vulnérable,
ses ennemis le dévoreraient rapidement.
Même si Saddam a raison de penser que la grandeur est sa destinée,
sa légende sera empreinte de cruauté. C'est quelque chose qu'il
trouve peut-être regrettable mais nécessaire, ce trait de caractère
éclairant sa stature. Un homme plus faible n'en aurait pas le courage.
Son fils Uday se vanta une fois que dans leur enfance, lui et son frère
Qusay, furent amenés à la prison par leur père pour être
témoins de torture et d'exécutions, pour qu'ils fassent front
à leurs "futures tâches difficiles", dit-il. Cependant
aucun homme n'est monolithique. On sait que même Saddam s'est affligé
de ses excès.
Certains qui le virent pleurer au pupitre durant sa purge de 1979 considèrent
cela comme une comédie, mais Saddam avait déjà précédemment
fondu en larmes. Durant la vague d'exécutions qui suivit sa prise formelle
de pouvoir, selon la biographie écrite par Saïd Aburish, il s'enferma
dans sa chambre à coucher pendant deux jours et en émergea avec
les yeux rouges d'avoir pleuré. Aburish raconte que Saddam fit alors
des condoléances impudentes mais sincères à la famille
de Adnan Hamdani, le dignitaire qui avait été le plus proche de
lui pendant la décennie précédente. Il n'exprima pas de
remords, l'exécution avait été nécessaire, mais
de la tristesse. Il dit à la femme de Hamdani en s'excusant, que des
"considérations nationales" doivent prévaloir sur les
considérations personnelles. Ainsi, à l'occasion, l'homme Saddam
déplore ce que le tyran Saddam doit faire. Durant la guerre civile, Abraham
Lincoln fit une distinction tranchée entre ce qu'il ferait personnellement,
abolir l'esclavage, et ce que sa responsabilité exigeait de lui: maintenir
la Constitution des Etats-Unis. Saddam ne devrait ressentir aucun conflit de
ce genre; par définition les intérêts de l'état sont
les siens propres. Mais il les ressent néanmoins.
Le conflit entre ses priorités personnelles et ses priorités en
tant que Président a été particulièrement douloureux
dans sa propre famille. Deux de ses gendres, les frères Saddam et Hussein
Kamel s'enfuirent en Jordanie et révélèrent des secrets
d'état, concernant les programmes d'armes nucléaires, chimiques
et biologiques, avant de revenir en Irak de façon inexplicable, puis
y être mis à mort.
Uday Hussein, le fils aîné de Saddam, est connu pour être,
selon tous les témoignages, un criminel sadique, sinon complètement
fou. C'est un homme grand, brun, bien bâti, âgé de 37 ans
qui, par son narcissisme et son obstination, est presque la caricature de son
père. Uday a tous les instincts brutaux de son père et, apparemment,
rien de sa discipline. Il est un ivrogne notoire, et connu pour dessiner lui-même
sa garde robe fantaisiste. Des photographies le montrent portant d'énormes
nuds papillons et des costumes dont les couleurs s'harmonisent avec celles
de ses voitures luxueuses, dont une Dun rouge éclatant striée
de blanc et une autre moitié rouge et moitié blanche. Certaines
de ses vestes ont un revers Dun côté mais pas de l'autre.
Ismail Hussain, le malheureux soldat irakien qui perdit une jambe dans le désert
koweïtien, attira l'attention d'Uday comme chanteur après la guerre.
Il devint l'artiste préféré du Premier Fils et fut invité
à chanter lors des fêtes énormes que Uday organisait chaque
lundi et mardi. Les fêtes se tenaient dans un palais, que Saddam avait
construit sur une île du Tigre près de Bagdad. L'opulence était
époustouflante. Toutes les poignées de porte et robinetteries
du palais étaient en or.
"Durant les réceptions", dit Ismail, qui vit maintenant à
Toronto, "je chantais et Uday montait sur la scène avec une mitraillette
et commençait à tirer au plafond. Tout le monde se jetait à
terre, terrorisé. J'avais l'habitude d'être au milieu d'armes,
bien plus grandes que la kalashnikov de Uday, aussi je continuais à chanter.
Parfois, durant ces réceptions il y avait des douzaines de femmes et
seulement cinq ou six hommes. Uday insistait pour que chacun s'enivre avec lui.
Il interrompait ma prestation, montait sur la scène avec un grand verre
de cognac pour lui et un autre pour moi. Il insistait pour que je le boive entièrement
avec lui. Ce n'est qu'après qu'il soit complètement saoul qu'apparaissaient
les armes. Il terrifiait ses amis, parce qu'il pouvait les faire emprisonner
ou tuer. Je l'ai vu une fois se mettre en colère contre un de ses amis.
Il lui donna un coup de pied au cul si violent que sa botte s'envola. L'homme
courut pour retrouver la botte, puis la remit sur le pied d'Uday, tandis que
celui-ci le maudissait."
L'appui d'Uday ouvre la porte pour un chanteur comme Ismaël et lui permet
de passer régulièrement à la télévision irakienne.
Uday exige une commission pour services rendus, et il peut défaire une
star aussi rapidement qu'il l'a faite. C'est la même chose en sport. Raed
Ahmed était un haltérophile olympique qui porta le drapeau irakien
lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux d'Atlanta en 1996. "Uday
était le président du comité olympique et de tous les sports
en Iran" Ahmed me dit un peu plus tôt cette année, dans son
appartement dans la banlieue de Détroit. "Pendant les camps d'entraînement
il surveillait attentivement tous les athlètes, restant en contact avec
les entraîneurs, les poussant à pousser les athlètes à
fournir plus d'efforts. S'il est mécontent des résultats Dun athlète,
il enverra les entraîneurs et l'athlète dans la prison qu'il maintient
à l'intérieur même du bâtiment du comité olympique.
Si vous vous engagez sur un certain résultat, et échouez à
l'atteindre en compétition, la punition est alors une prison spéciale
où l'on torture les internés. Certains athlètes abandonnèrent
quand Uday prit le pouvoir sur les sports, y compris certains des meilleurs
dans leur discipline. Ils avaient compris que le jeu n'en valait pas la chandelle.
D'autres comme moi, aimait leur sport, et le succès peut être le
point de départ de meilleures choses en Irak, comme une belle voiture,
une belle maison, une carrière. J'ai toujours évité la
punition. J'étais prudent et ne promettais que ce que j'étais
sûr de pouvoir tenir. Je disais toujours qu'il y avait de fortes chances
que je sois battu. Puis, quand je gagnais, Uday était heureux."
Ahmed avait l'air Dun géant dans son petit salon, ses épaules
presque aussi larges que le dossier de son canapé. Le monde de Saddam
et de Uday le frappe maintenant comme un pays des merveilles bizarre, toute
une nation otage des caprices Dun tyran et de son fils fou. "Quand je suis
passé à l'étranger Uday a été très
en colère" dit-il. "Il rendit visite à ma famille et
les questionna: "Pourquoi Ahmed a-t-il fait une telle chose?" demandait-il
"je l'avais toujours récompensé". Mais Uday est méprisé."
Saddam tolérait les excès d'Uday, ses fêtes d'ivrognes,
sa prison privée à l'état-major du comité olympique,
jusqu'à ce qu'Uday assassina l'un des principaux assistants du Grand
Oncle en 1988. Uday essaya de suite de se suicider avec des somnifères.
Selon les Cockburn, "alors que l'on pompait son estomac, Saddam arriva
dans la salle des urgences, écarta les médecins, et frappa Uday
au visage, criant "ton sang coulera comme celui de mon ami!" Son père
s'adoucit, et le meurtre fut déclaré comme étant un accident.
Uday passa quatre mois en incarcération puis quatre mois avec un oncle
à Genève avant d'être arrêté par la police
suisse pour port d'arme cachée et expulsé. De retour à
Bagdad, en 1996, il y eut une tentative d'assassinat contre lui. Il fut atteint
de huit balles et il est maintenant paralysé en dessous de la ceinture.
Son comportement l'a disqualifié comme successeur de son père.
Saddam a fait durant les dernières années de gros efforts pour
préparer Ousay à lui succéder, un héritier plus
calme, plus discipliné et plus respectueux.
L'attentat contre Uday fut un avertissement pour Saddam. Il est dit qu'un petit
groupe de dissidents irakiens, bien éduqués, dont aucun n'a été
arrêté malgré des milliers d'arrestations et d'interrogatoires,
commit cet attentat. Les conjurés sont, selon la rumeur, associés
à la famille du général Omar al-Hazzaa, l'officier dont
la langue avait été coupée avant qu'il ne soit exécuté
avec son fils. C'est peut-être vrai, mais on ne manque pas de clans touchés
en Irak.
Alors que Saddam approche de son 66e anniversaire, ses ennemis sont nombreux,
forts et déterminés. Il fêta la défaite électorale
de George Bush en 1992 en tirant au fusil du balcon du palais. Dix ans plus
tard un nouveau Président Bush est à la Maison Blanche, avec une
nouvelle mission nationale d'éliminer Saddam. Aussi les murs qui protègent
le tyran montent-ils de plus en plus haut. Ses rêves pan arabiques et
son rôle historique deviennent de plus en plus irréels. Dans ses
moments de lucidité Saddam doit savoir que même s'il réussit
à s'accrocher au pouvoir jusqu'à la fin de sa vie, ses chances
d'être le père d'une dynastie sont très minces. Quand il
se retire dans des lits secrets chaque nuit, s'asseyant pour regarder un de
ses films favoris à la télévision ou lire un livre d'histoire,
il doit savoir que tout se terminera mal pour lui. Tout homme qui lit autant
que lui, qui étudie les dictateurs de l'histoire moderne, sait qu'à
la fin ils sont tous renversés et méprisés.
"Son but est d'être le leader de l'Irak pour toujours, pour aussi
longtemps qu'il est en vie" dit Samarai. "C'est une tâche difficile,
même quand les Etats-Unis ne vous prennent pas pour cible. Les Irakiens
sont un peuple sans merci. C'est l'une des nations les plus difficiles à
gouverner. Pour établir son propre régime Saddam a versé
tant de sang. Si son but est que son pouvoir soit transféré à
sa famille après sa mort, je pense que cela et du domaine des vux
inaccessibles. Mais je pense qu'il a perdu tout contact avec la réalité
depuis longtemps."
C'est pourquoi à la fin Saddam échouera. Sa cruauté a créé
des vagues énormes de peur et de haine, et cela l'a aussi isolé.
Il n'est plus au contact. Ses discours aujourd'hui résonnent comme un
disque rayé. Ils ne résonnent même plus dans le monde arabe
où il est méprisé autant par les laïques libéraux
que par les conservateurs musulmans. En Irak même il est haï universellement.
Il accuse les sanctions de l'ONU et l'hostilité des Etats-Unis pour la
paralysie de l'état, mais les Irakiens comprennent qu'il en est la vraie
cause. "Chaque fois qu'il commençait à blâmer les Américains
pour ceci ou cela, nous nous regardions les uns les autres en levant les yeux
au ciel" dit Sabah Khalifa Khodada, l'ancien major irakien qui fut déshabillé
et désinfecté pour une rencontre avec le Grand Oncle. Les forces
qui le protègent savent aussi cela, elles ne vivent pas toujours derrière
les murs. Leur loyauté est commandée pat la peur ou l'intérêt
et basculera de manière décisive dès qu'une alternative
apparaîtra. La clé pour en finir avec la tyrannie de Saddam est
de trouver une alternative. Ce ne sera pas facile. Saddam n'abandonnera jamais.
Le renverser signifie quasi certainement le tuer. Il maintient son pouvoir sur
l'état comme il protège sa vie. Il n'y a aucune panique dans son
combat.
Mais malgré toutes ces menaces environnantes, Saddam se voit comme un
personnage immortel. Rien ne peut mieux illustrer cela que l'intrigue de son
premier roman Zabibah et le roi. C'est une simple fable qui se déroule
dans un passé arabe mythique, sur un roi enfermé derrière
les hauts murs de son palais. Il se sent coupé de ses sujets aussi sort-il
parfois pour les rencontrer. Lors d'une sortie dans un village rural le roi
est frappé par la beauté de la jeune Zabibah. Elle est mariée
à époux brutal, mais le roi la convoque en son palais, où
ses manières rustiques sont d'abord méprisées par les courtisans
sophistiqués. Avec le temps la douce simplicité et la vertu de
Zabibah charment la cour et lui gagnent le coeur du roi, bien que leurs relations
restent chastes. La questionnant sur ses méthodes rudes, le roi est rassuré
par Zabibah qui lui dit: "Le peuple a besoin de mesures strictes de façon
à se sentir protégé par cette sévérité."
Mais des forces obscures envahissent le royaume. Des étrangers infidèles
pillent et détruisent le village, aidés par le mari jaloux et
humilié de Zabibah, qui la viole. (Cet outrage se produit le 17 janvier
1991, le jour où les Etats-Unis et leur coalition commencèrent
leurs attaques aériennes contre l'Irak). Zabibah et tuée; le roi
vainc son ennemi et tue le mari de Zabibah. Puis il tente l'expérience
de donner plus de liberté à son peuple mais ils se combattent
entre eux. Leurs querelles sont interrompues par la mort du bon roi qui leur
fait réaliser sa grandeur et son importance. Les sages avis de Zabibah
la martyre leur reviennent en mémoire: le peuple a besoin de mesures
strictes.
Et ainsi Saddam défend la simple vertu et le glorieux passé arabe
et rêve que son royaume, bien qu'il soit universellement dédaigné
et sali, se lèvera à nouveau et triomphera. Comme le bon roi,
il est vital d'une certaine manière qu'il ne soit pas bien compris jusqu'à
sa fin. Nous n'en prendrons tous conscience que lorsque nous étudierons
les paroles et les actes de son âme magnifique et intraitable. Il attend
ce moment de triomphe dans un futur distant et glorieux qui sera le pendant
d'un passé distant et glorieux.
Eschatologie: Psychanalyse d'un dictateur, portrait psychologique de Saddam Hussein
Le pedigree de Saddam Hussein pourrait couvrir les pages d'un gros volume. Il
n'est pas nécessaire de rappeler la liste de ses crimes. Ce qui est peut-être
un peu plus intéressant, c'est que la « résilience »
en tant que seule source de survie, chère à Boris Cyrulnik, n'est
pas réservée aux victimes. On la trouve aussi chez les bourreaux
N'importe quel homme d'Etat doué d'un minimum de logique finit par faire
le bilan des échecs. Pas un dictateur. Saddam a commis d'inqualifiables
atrocités qui accompagnaient néanmoins des échecs majeurs
: il a perdu la guerre contre l'Iran, puis la guerre contre le Koweït.
Il a subi pendant douze ans un humiliant embargo et des inspections de l'ONU
qui sont, objectivement, autant d'atteintes à la souveraineté
irakienne.
Un peuple sacrifié
Certes, il s'est placé dans la position du tyran, c'est-à-dire
celle d'un homme qui fait payer les factures par son peuple pendant que lui-même
vit dans trois douzaines de palais immenses et luxueux. Mais il est quand même
le chef d'Etat arabe qui inspire de la haine à beaucoup de gouvernements
arabes, même si leurs peuples voient en lui un héros parce qu'il
est le seul à se dresser contre les Etats-Unis. Que des journaux ou des
dirigeants arabes le présentent comme une « calamité pour
son peuple » est tout de même exceptionnel.
Or Saddam, confronté à un conflit où il joue sa propre
vie, n'a pas changé. Il puise encore dans son énorme réservoir
de cynisme, dans son stock de férocité, dans son infinie perversion.
Son parti, le Baas, incite ses soldats à combattre avec une arme dans
le dos, mitraillerait les chiites qui se seraient soulevés à Bassorah,
habille les militaires en civils, exécute, semble-t-il, des prisonniers
américains d'une balle dans la tête pour en montrer quatre autres,
terrifiés, à la télévision. S'il possède
des armes de destruction massive, il les utilisera contre les Américains
et les Britanniques devant Bagdad ; s'il n'en a pas ou s'il lui manque les vecteurs
des obus chimiques ou bactériologiques, il enverra des dizaines de milliers
d'êtres humains à la boucherie. Avant de mourir ou d'être
pris, il commettra tous les crimes contre l'humanité qu'un esprit malsain
peut concevoir. La nature profondément inhumaine de cet ennemi a conduit
l'Amérique et l'Angleterre à lui porter un coup décisif.
Pour donner un sens à leur action, Washington et Londres tentent d'épargner
les civils. Mais il est peu probable qu'ils y parviennent. C'est la raison même
de la montée du pacifisme. Ce que reprochent à Bush et Blair ceux
qui, dans cette affaire, ont gardé leur lucidité, c'est moins,
en définitive, d'avoir déclenché une guerre que de l'avoir
engagée contre un homme capable d'envoyer à la mort des dizaines
de milliers d'innocents, hommes, femmes et enfants.
La tragédie de Bassorah a été souhaitée par Saddam
Hussein. Plus les nouvelles en provenance de cette ville seront alarmantes,
plus les organisations humanitaires lanceront des avertissements, plus le sort
des enfants de Bassorah deviendra funeste, plus Saddam sera satisfait. Bien
entendu, les humanitaires n'entrent pas dans cette dialectique de la cruauté:
ils se bornent, et ils ont raison, à établir des constats de détresse,
puis de catastrophe. Mais ils s'inscrivent, de cette manière, et contre
leur gré, dans l'argumentaire de Saddam, pour qui chaque victime irakienne
constitue un atout de plus.
Sans doute Saddam n'avait-il pas de lien avec Ben Laden, mais sa rhétorique
et sa stratégie sont identiques aux siennes : nous avons un avantage
sur vous parce que nous n'avons pas peur de la mort. On fait grand cas de la
laïcité de Saddam, mais, d'une part, elle est moins vraie aujourd'hui
qu'hier et, d'autre part, elle ne l'empêche nullement de s'identifier
au terrorisme, à l'attentat-suicide, au concept scandaleux de «
martyre ». Saddam est en tous points identique à ces seigneurs
de guerre qui envoient des jeunes gens au suicide pendant qu'ils complotent
confortablement dans leurs bureaux.
Des chances gâchées
Or l'Irak n'avait aucun besoin d'attaquer l'Iran, d'envahir le Koweït ou
de se doter d'armes de destruction massive. Riche de son pétrole, le
peuple irakien avait la possibilité de créer un modèle
de développement et même de prospérité arabe. Il
pouvait, comme l'Inde et la Chine, créer une classe moyenne de plus en
plus nombreuse qui aurait, tôt ou tard, réclamé des institutions
démocratiques. Un Saddam épris de son peuple aurait pu se faire
élire dans la transparence. Toutes les chances exceptionnelles de l'Irak
ont été gâchées pendant trente ans par son dictateur.
Saddam, qui aurait pu se maintenir au pouvoir grâce à la croissance
économique, a préféré copier le modèle stalinien,
créer un Etat policier et régner par la terreur. Il a jugé
une fois pour toutes que, pour arriver au faîte de la gloire, la voie
économique était lente ou insuffisante. Il se moque du bonheur
des Irakiens, comme il se moque de ses souffrances. Il a appliqué, comme
Hitler et Tojo, la théorie du
liebensraum à l'Iran et au Koweït, il a voulu créer un empire
vaguement comparable à celui de l'URSS ; il n'a cessé de faire
de la politique avec tous les moyens offerts à la force pure, une politique
d'écrasement ou de sidération des peuples ; une politique de terreur
exportée à ses voisins ; une politique de mépris de la
vie.
Qui le dit encore, qui le rappelle ? Nous nous en prenons à M. Bush parce
que nous refusons sa politique autoritaire, désinvolte ou immature. Nous
en avons fait notre épouvantail. Nous dénonçons l'«
impérialisme » américain. Mais nous faisons ainsi le jeu
de Saddam, un des êtres les plus sanguinaires de la planète. Entre
deux maux, le premier s'inscrivant dans le débat démocratique,
le second incarnant l'enfer à lui seul, nous avons choisi le pire. Sans
doute ne saura-t-on jamais qui a fait le plus de victimes, des guerres contre
l'Irak ou du régime de Saddam. Sans doute les Irakiens ne haïssaient-ils
pas leur despote au point de souhaiter une intervention militaire. Sans doute
avons-nous d'excellentes raisons de rejeter la logique controuvée de
M. Bush. Mais nous n'avons sûrement pas le droit de critiquer M. Bush
sans dénoncer, au prélable, et furieusement, son ennemi. Nous
ne pouvions pas, de toute façon, espérer une réédition
en Irak de la chute du mur de Berlin ; nous ne pouvons pas réinventer
le miracle de Josué à Jéricho.
Le vrai problème, c'est que la barbarie n'est combattue que par la violence.
L'Histoire en est pleine à ras bord. La guerre n'est jamais souhaitable.
Mais quand on a fini de le dire, elle a déjà commencé.
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Document complémentaire

Sources; http://a1692.g.akamai.net/f/1692/2042/1h/medias.lemonde.fr/medias/image_article/asikimjong2-0608.jpg
Wladimir Poutine et Kim Jong-il
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tiré du chapitre: le trône de Satan
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